‹ L'Empire des Tsars et le RussesChapitre 145 sur 283 · NOBLESSE : FAMILLES PRINCIÈRES · texte numérisé non relu

NOBLESSE : FAMILLES PRINCIÈRES

Aucune aristocratie de l'Europe n'a une plus haute ou plus lointaine noblesse. « En Russie, disait un jour M. de Talleyrand, tout le monde est prince. » Celte opinion du ministre de Napoléon est encore fort répandue en ocoident. Rien cependant n'est plus faux. Après l'afflux de tant d'étrangers, après tant d'anoblissements de toute sorte, le nombre des familles princières russes ne dépasse guère, dans cet immense empire, le chifl're de soixante, et encore plus de la moitié provient-elle d'une seule souche, de Uurik'. Les petits États du pape étaient pcut-ôlre aussi riches en maisons princières.

De cette noblesse de kniazes, les descendants des anciens souverains et des chefs locaux de la Russie forment encore aujourd'hui environ les deux tiers. Près de quarante de ces familles de princes remontent à Rurik, le fondateur de l'empire russe, et à saint Vladimir, l'apôtre de la Russie; ce sont les agnals des vieux tsars moscovites, et ainsi les représentants de la dynastie qui régna du neuvième siècle à la lin du seizième. Celte féconde maison de Rurik, probablement la race souveraine la plus nombreuse que mentionne l'histoire, comptait, il y a un siècle ou deux, près de deux cents branches diverses *. Beaucoup n'ont plus de rejetons vivants ; quelques-unes, telles que lesTalichtchef, ont abandonné ou perdu le titre de hniaz. Un autre groupe, composé de quatre familles russes et de quatre polonaises, provient d'une tige non moins illustre, et aux yeux des Russes, presque aussi nationale : ce sont les descendants

1. Nous ne parlons ici que des familles proprement russes et non Jes familles originaires des dépendances de Tentpire, du Caucase particulièrement, où la (.iéorgie a fourni à la noblesse un nombreux contingent de princes.

2. En Occident, la diminution et la rapide disparition des anciennes familles semblent une sorte de loi, établie par Tliistoire et les statistiques. Ln Angleterre, par exemple, la plupart des litres de lords ont dû être plusieurs fois relevés; bien peu sont dans la même maison depuis plus d'un siècle ou deux. La multiplication de la race de Rurik et de tîuêdimine mérite d'autant plus d'être signalée qu'elle s'est faite sous le régime du partage des biens, qui d'ordinaire passe pour peu favorable à la reproductioa des familles d'un certain rang.

de Guédimine et de l'ancienne maison souveraine de Lithuanie, connue en Europe sous le nom de Jagellons, et qui, avant de monter sur le trône de Pologne, régnait sur toute la Russie occidentale. De Rurik et de la première dynastie russe sont issus les Dolgorouki, les Bariatinski, les Obolenski, les Gortchakof ; de Guédimine et de la dynastie lithuanienne, les Khovanski, les Galitsyne, les Kourakine, les Troubeslkoï en Russie, les Czartoryski et les Sanguszko en Pologne. A celte double descendance des anciens souverains nationaux s'ajoutaient sept ou huit familles, sorties d'anciens chefs tatars, tcherkesses ou géorgiens, admis jadis au nombre des kniazes russes, et dont la plupart, comme les Tcherkasski, les Mechtcherski, les Bagration, portent également des noms historiques *.

Un simple dénombrement montre que ces Imiazes russes ne le cèdent à aucune noblesse de l'Europe en antiquité ou en illustration : aujourd'hui encore ils ne le céderaient à aucune en hommes distingués. Et néanmoins, dans toutes ces maisons de sang presque royal, à côté desquelles se placent encore d'anciennes familles de boyars, dans toute cette haute noblesse nationale, il n'y a pas les éléments d'une aristocratie politique, il n'y a pas de quoi faire, par exemple, une chambre des pairs, une chambre de boyars héréditaire. Cette sorte d'incapacité aristocratique a une double raison : elle lient à la conslilulion historique de la société russe, elle lient aussi et avant tout à la constitution même de la famille russe.

Dans la famille du dvorianine et du kniazc comme dans celle du marchand ou du mowjih, règne l'égalité des enfants, égalité de droils, égaillé de litres. Avec ce principe démocratique, auquel la noblesse russe est toujours de-

1. Sur la gcnéulogio et l'histoiro de luules ces faniillos riiRscs, on pctil conHultcr le princo l'icrrc Holgorinikof, Notice sur les principales fainit rs (le la Uua»ie (iHôB) et lo iIocIlmu- ulleiiiand A. Klcinsclimidt, liusslanUs Ucschichte und l'olilili dargcslclU in derGt'schichUdi'srussischen hoUcnAdcti (CaMcl, IH77).

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