‹ L'Empire des Tsars et le RussesChapitre 144 sur 283 · NOBLESSE : TITRES RUSSES · texte numérisé non relu

NOBLESSE : TITRES RUSSES

nues, par la raison que chez eux il n'y avait jamais eu de féodalité, jamais de duchés ou de comtés, vassaux les uns Jes autres ou vassauxdu pouvoir ccnlrul. L'ancienne Russie ignorait toutes ces gradations de titres : à vrai dire, elle ignorait môme les qualifications héréditaires; par là encore le dvorianslvo russe différait entièrement des noblesses de l'Occident. 11 n'y avait qu'une exception, et celle exception confirmait la règle : c'était en faveur des membres de la famille souveraine, en faveur des branches collatérales de la dynastie régnante.

Les descendants des kniazes^ des princes apanages, ont continué à porter le titre de prince après la réunion de leurs principautés au domaine de Moscou. Toutes les autres dignités ou distinctions, la qualité de boyar en parliculier, étaient viagères et accordées direclement par le souverain. Ce n'est qu'en se rapprochant de l'Europe et en «'annexant des provinces longtemps soumises à l'influence germanique, que la Russie s'appropria quelques-unes des dénominations nobiliaires issues de la féodalité. Elle eut ainsi des comtes et plus tard des barons; mais, pour ces qualifications, il lui fallut emprunter des noms étrangers*. V l'imitation des monarques de l'Occident, Pierre le Grand et ses successeurs se mirent à conférer des titres héréditaires. Ces distinctions du reste n'ont pas été aussi prodiguées qu'ailleurs ; si l'on met de côté le grand nombre de familles portant des litres d'origine étrangère, elle sont môme demeurées relativement rares. Une centaine de comtes*, une quinzaine de princes et un peu plus de barons, ces

|. Ainsi fjruf, comte. Le vieux litre de kniaz, prince, est seul slave et national. Je ne sais pourquoi nous traduisons par grand-duc et non grandprince, l'ancien litre de veliki knias, jadis porté par les souverains de Kief, de Vladimir, de Moscou, cl aujourd'liui allribuc aux membres de la famille impériale.

"2. D'après une feuille russe, les Otgoloski [Échos, oct. 1879), il y aurait eu, de Uoris Chérémélicf en 1706 au général Tolleben en 1879, lô7 créations de comtes russes; mais beaucoup n'ont pas laissé de postérité. L'empereur Alexandre II en a seul créé plus de vingt.

derniers pour la plupart gens de finance, tel est à peu près le chiffre des titres créés par diplôme impérial. Tous sont naturellement de date plus ou moins récente, peu remontent à un siècle. De même que les dorures trop neuves, la plupart gardent le poli luisant de la nouveauté; comme ils manquent de l'éclat sombre et mat de l'antiquité, les familles qui en sont décorées n'en peuvent toujours tirer grand prestige. L'origine de leur fortune est trop connue, et en Russie, comme dans les autres cours de l'Europe, la faveur ou l'intrigue ont trop souvent usurpé ces récompenses honorifiques. Puis, à côté même des familles titrées, il en subsiste de plus anciennes dont le nom est assez illustre pour n'avoir pas besoin d'être ainsi relevé. Les Narychkine, par exemple, sont demeurés sans titre et semblent tenir à honneur de n'en point porter.

Une chose frappe dans la haute noblesse russe, dans la znat pétersbourgeoise en particulier, c'est le grand nombre des familles d'origine étrangère. Une moitié peut-être de cette aristocratie de cour provient du dehors; elle est de sang tatare, géorgien, grec, valaque, lithuanien, polonais, suédois, allemand, parfois même de sang anglais ou français. Toutes les tribus soumises au sceptre des tsars, tous les peuples voisins de l'empire ont apporté leur con tingent au dvorianslvo. Par ses origines comme par ses mœurs, par sa composition comme par son éducation, la classe la plus élevée est ainsi la moins nationale; de In, pour elle, une autre cause de faiblesse, une autre rais/jn de son peu d'ascendant.

Knlrc toutes ces familles, étrangères de provenance ou décorées de titres dont le temps n'a pas rehaussé l'éclat, les vieux Uniazes, les princes qui descendent en ligne directe des souverains russes, paraissent devoir occuper une place U part. II semble que dans l'Ktat, fondé et si longtemps régi pur leurs ancôlres, ces héritiers de la dynastie de Hurik oITrcnt un élément arislocrati(iueindigène, au(iuel une illubtrulion bcculairc assure un rôle considérable.

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