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LES STEPPES FERTILES

nalurellement en deux types nellement tranchés par le sol : les sieppes à terre végétale, plus ou moins analogue diU tchernoziom, et les steppes de sable, de pierre ou de sel. Les premiers, qui, en Europe, occupent la plus vaste surface, olTrent à l'agriculture un champ dont elle n'a qu'à s'emparer; les seconds lui semblent à jamais rebelles. Si, par ce nom de steppe, on entend un espace inculte et désert, ceux-là ne le mérilcnt que Iransitoirement, ceux-ci d'une manière permanente; les uns sont des sieppes accidentels, qui ne restent tels que grâce à l'absence ou à la rareté de l'homme, les autres sont des sieppes éternels, du fait même de la nature'.

Les steppes fertiles remplissent la plus grande partie de l'intervalle cnire le tchernoziom qu'ils continuent, et la mer Noire ou l'Azof. Ils occupent le cours inférieur de lous les neuves qui se jettent dans ces deux mers, du Dniester et du Boug au Don et au Kouban ; ils restent à une centaine de lieues du délia du Volga, mais remontent au Nord-Est entre le grand fleuve et les croupes méridionales des monts Ourals. Le sous-sol est généralement recouvert d'une couche végétale, identique à l'humus de la Terre noire. Laissés à eux-mêmes, ces steppes témoignent magnifiquement de leur fécondité naturelle. Dépourvus d'arbres, ils ont leur végétation, leur flore à eux, qui, dans sa libre croissance, ne leur laisse rien à envier aux plus belles forêts. A la place de bois, ils se couvrent au printemps d'herbes et de plantes de toute sorte qui les font ressembler à une mer de verdure. Ce n'est point aux déserts d'Afrique, c'est à la prairie d'Amérique qu'il faut alors comparer le steppe. La nature y montre une vie, une exubérance souvent extraordinaire. Dans leur sauvage vé-

1. Zufalliije-Steppfn, — Ewi^e-Steppen, dit M. Tutzniann dans un mémoire joint à celui de M. Kœppen; — Beitnigesur Ketuilniss des russischen Heiches, Saint Pétersbourfï, t. XI. — M. Séménof se sert des noms^ pour nous un peu barbares, de région Ichernozémienne steppienne et région steppienne

on tchemosémienne {Statiatitcheski Vrémennik, J871.)

gétation, les herbes atteignent une hauteur de 5 à 6 pieds, parfois plus dans les années de pluie. A les voir en été, on comprend les légendes de l'Ukraine, racontant que, dans leurs aventureuses expéditions, les Cosaques à cheval se cachaient dans le fourré du steppe. Cette puissance de la végétation herbacée peut être regardée comme une des causes de l'absence de bois; les hautes herbes, dans leur rapide croissance, étoufferaient les jeunes arbres. A vrai dire, les herbes proprement dites, les graminées sont loin de former, à elles seules, toute la flore steppienne. Ce ne. sont point elles qui lui donnent cette vigueur d'aspect, ce sont des plantes plus hautes qui les recouvrent : ombellifères, dipsacées, légumineuses, labiées, composées, dont au printemps les tiges fleuries émaillent le steppe de mille couleurs. Gomme dans les bois du Nord, dans ces frêles forêts les espèces sont peu variées ; ce sont des plantes sociales dont chacune couvre de grands espaces, et, pour la plupart, des plantes annuelles, les autres ayant peine à supporter un climat qui unit les hivers de la Baltique aux étés de la Méditerranée. En dépit des idées reçues, le steppe n'est point absolument dépourvu de plantes ligneuses : il s'y rencontre quelques arbustes, quelques arbres môme, mais petits et rabougris, entre autres le poirier sauvage, dont les ballades cosaques ont fait le symbole de l'amour méconnu.

Dans le court printemps de ces régions, la végétation des steppes, comme celle du Nord de la Russie, se développe avec une prodigieuse rapidité. Elle prend dans les pluies printanières de quoi résister aux chaleurs intenses de l'été; mais, si les pluies ne viennent k temps, elle succombe à la sécheresse. En certaines contrées, ou dans certaines années, toute celle brillante végélalion ne dure que quel(]ucs semaines; tout est flétri en juillet. Un soleil sans ombre îi tout brûlé, et les hautes piaules, (|ui en faisaient un océan de verdure, hérisseiil la plaine de» leurs tiges dénudées : les steppes sont devenus des pampas dessé-

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