En russe zapovêdmjia inicnùa ou biens défendus
du droit d'aînesse qui, de peur de jeter la discorde parmi leurs enfants, n'osent choisir entre eux un héritier privilégié. Je connais un grand propriétaire, fort épris des institutions anglaises, qui, ayant trois lils et n'en voulant léser aucun, a constitué un majorât pour chacun des trois. Malgré de tels exemples et les encouragements d'un certain monde, le majorât est demeuré en Russie une plante exotique, qui ne semble point appelée à une rapide propagation*. Telle qu'elle existe aujourd'hui, chez un nombre limité de familles dont les autres ne reconnaissent pas la supériorité, cette institution étrangère ne peut avoir les cfTets politiques, qui en d'autres pays en font la raison d'être. Il n'en subsiste guère que les inconvénients économiques et moraux, une partie de la fortune publique enlevée à la circulation, et l'opulence de quelques privilégiés mise artificiellement à l'abri du châtiment naturel de l'inconduite ou du vice. Privé, dans le plus grand nombre de ses membres, de toute protection légale contre la concurrence des autres classes, n'ayant pour rempart ni majorais ni droit d'aînesse, le dvorianstvo russe ne peut, par la concentration de la fortune cl la perpétuité de la propriété, s'assurer l'autorité et l'indépendance héréditaires qui consliluenl les véritables aristocraties*.
1. Dans la Russie proprement dite, il n'y avait pas récemment, assiirc-t-on, 40 majorais. (M. Lioubanski, loitriditchcskiia Mo)wgrafii i Izlcdoiuiiiiia, t. IV. 1878, p. 13-18.) Dans les anciennes provinces polonaises, le gouvernement a lui môme fondé, à l'aide des biens de la couronne ou de biens confisqués, de petits majorais de 2000 h 3000 roubles de revenu. Il y a là, manifeslcnif nt, moins une inlention aristocratique qu'un expédient politique. Le but est, en cmpécliant la vente des terres concédées à des Husses, de maintenir dans ces provinces un élément russe.
'2. On a, sous Alexamirc III, proposé difTérenls sy.stéuics pour empêcher l'appauvrissement de la nolilesse et l'émioltemenl de ses terres. Les uns ont demandé que les majorai» fussent mis à la portée de toutes les fortunes; les autres, que la loi n'opposAt à l'extrémo morcellement en créant des hievs normaux indivinitileif. Voy. p. ex. N. Ilaratjnski : Ncdelimyc dvorinnskié onlrhaslki, I»H8. M. l'ohédunoslsef, /îoud.sAù' Vesluik, sept. 1880, a conseillé d'adopter le honieulrad ainériiain, do permettre aux propriétaires de toutes clasMCH de rendre les biens d'une certaine imporlnnco indivisibles et insai- •isaablcs en les faisonl inscrire sur un registre spécial.