‹ L'Empire des Tsars et le RussesChapitre 153 sur 283 · NOBLESSE : PROPRIÉTÉ ET SERVICE · texte numérisé non relu

NOBLESSE : PROPRIÉTÉ ET SERVICE

aujourd'hui, comme propriétaire et comme serviteur de l'État. Ces deux litres, parfois séparés depuis, se tiennent étroitement alors : le second est la condition, la raison d'ôlre du premier. C'est comme serviteur du j^^'and-prince que le noble reçoit son pomêstié, c'est comme tels que ses enfants en conservent la possession. Le pumêchtchik reste dans la dépendance du souverain qui lui donne la terre, qui plus lard, avec le servage, lui donne, dans les paysans attachés à la glèbe, les instruments de culture. Pour le noble russe, la propriété n'est qu'un gagne-pain, un moyen d'existence, un moyen d'entretien [hcrmlénié] ; il ne s'y lixe point, ne s'y attache pas, il sait que le fleuve de la forlune a sa source ailleurs.

Sous les vieux tsars, comme sous les successeurs de Pierre le Grand, c'était dans la capitale, à la cour que s'obtenaient les emplois, que se conquéraient l'iniluence cl la richesse. Aussi, dans la Moscovie comme dans la Ku3sie moderne, c'était autour du maître, autour du grand dispensateur des grâces, que se pressaient les plus illustres familles, toutes se baissant à l'envi pour ramasser les faveurs qui tombaient des mains souveraines. L'attrait lascinateur du Versailles de Louis XIV sur la haute noblesse franc^aise, le barbare Kremlin l'exerçait non moins impérieusement sur les kniazes et les boyars moscovites. L'esprit de cour, si opposé au véritable esprit aristocratique, animait déjà tout le dvuriaiistvo russe. En France, dans l'assujettissement même, la noblesse gardait la dignité extérieure du gentilhomme; en Russie, elle n'avait pour soulien ni d'anciennes traditions, ni le culte de l'honneur, ni les habitudes de politesse qui tempèrent l'arrogance du maître et relèvent l'humilité du courtisan. A la cour à demi byzantine, à demi asiatique de Moscou, les tsars se piquaient peu de déguiser sous une parure la servitude des boyars, et les boyars de couvrir d'un voile leur servilité. On sait le propos prêté par J. de Maisire ou par Ségur à remj»ereur Paul I '. « Monsieur, disait un jour l'auto-

craie à un clrangcr, je ne connais de grand seigneur chez moi que l'iiomme à qui je parle, et encore pendant que je lui parle.» Un Ivan ou un Yassili eût déjà pu tenir le môme langage. En dehors de leur faveur souveraine, les tsars n'aimaient à reconnaître dans leurs sujets aucun avantage personnel*, aucune supériorité de naissance. S'il demeura permis de tirer gloire ou profit des titres de ses ancêtres, ce fut du rang et des honneurs obtenus par ses pères à la cour du grand-prince. De là dérive une hiérarchie nouvelle, un ordre de préséance singulier qui, sous le nom de mêstnilcheslvo, est demeuré en usage aux seizième et dix-seplième siècles.

A la cour moscovite, les préséances cessèrent de dépendre de l'origine et le rang du sang; tous les sujets du grand-prince furent soumis à une commune mesure, le service de l'État. L'emploi, la place {mêsto) fut l'unique règle des prétentions et des litres de chacun; mais, au lieu de classer seulement les individus, l'emploi classa entre elles les familles. En vertu du mcshiitcltet^lvo, un homme ne pouvait servir au-dessous de quiconque avait élé mis sous les ordres de son père. Un pareil système devait à la longue aboutir à une sorte d'hérédité des offices. La dignité de boyar, la plus haute de l'ancienne Russie, tout en demeurant viagère en droit, tendait de fait à passer de père en fils*. 11 en était de même de toutes les grandes charges ou fonctions. Pour constater le droit de chacun et les litres de chaque famille, il y avait des registres spéciaux, des livres d'états de service, appelés razriadnyia liniijln.

1. Selon I hihloricn Soloviof [hlorlln Ilossii, l. XIII), seize raïuilles avaient tcra le druilde voir leurs membres entrer immùtliatcmcnt parmi les boyars; lians titiu (|iiin/.aine (rnittroM, on délxitail par le ran^' d'oholiiik, la seconde dij;nilc moHi'ovile. Do ces maisons priviléj^ii-es, viii;;l portaient lo litre de /.'/(l'a: et descendaient de Itiirik ou de (îuédimine. Chez les autres familles, lu (ils entrait au «ervico deux degrés nu-dessous du fjrado obtenu par le pèro. S'il n'avauijait point, le pctit-llls commençait encore deux degrés plus bas. co ipii cnlrulnait ix la Iuiiltuc lu décliéauce du la familii!.

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