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LA NOBLESSE : LE MODE DE PROPRIÉTÉ

Pour la droujina et plus lard pour la noblesse, la propriélô a élé un lien de dépendance, une chaîne de scrviludc philôl qu'un instrument d'émancipation et de pouvoir. On distingue dans l'ancienne Russie deux modes de propriété personnelle, et par suite deux catégories de biens fonciers: la vollchiaa et le pumèslic, la terre possédée en propre, reçue en héritage des ancêtres, et la terre attribuée par le souverain, donnée en jouissance aux serviteurs de l'Étal*. On retrouve là quehjue chose d'analogue aux alleux et aux tiefs ou bénélices de l'Occident. En Moscovie, comme en Occident, les terres concédées en récompense des ser\;cc8 ont de bonne heure supplanté les biens patrimoniaux, \e pomêslié absorbé la coltc/tina. C'est du jjuinèstié i\uc provient la propriété noble actuelle, si bien que, dans la langue, le terme de pomèclUchik n'a plus que le sens de propriétaire. Il y avait une classe importante de votl'^hiii' niki, d'hommes tenant la terre de leur propre droit et do leurs ancêtres . c'étaient les hiiazes, les princes apanages, chez lesquels la propriété du sol avait pu survivre à la souveraineté. Les princes moscovites prirent à tâche do remédier à cet état de choses qui, sous leur domination, constituait une sorte d'anomalie. Le grand -prince eut soin de ne pas laisser à ses rt^/la^>■, aux brandies collatérales de sa maison, la propriété des domaines annexés à la grande-principauté. Les princes médiatisés durent échanger leur vollchina héréditaire contre des pomèatié^ situés loin des contrées où leurs pères avaient régné, et dont euxmêmes parfois portaient le nom. L'Anglais Fletcher, l'ambassadeur d'Elisabeth, remarquait encore, à la fin du seizième siècle, ce soin des tsars moscovites d'affaiblir el, pour ainsi dire, de déraciner les familles issues de RuriU, en les arrachant au sol natal pour les transplanter sur un sol étranger. Les seules familles russes qui eussent une

I. Vollchina ou oltclihia, patrimoine, de otets, père, /)ome»/iV, domaina rural, de méslo, place, qui, ainsi que son équivalent français, désigne à la Tois les lieux et les emplois ou fouclions.

base lerriloriale, les seules qui, en face du grand-prince, semblassent destinées à fonder une baule aristocratie, les héritiers des kniazes apanages, furent ainsi ravalés au rang de simples poméclitchiki, tenant leur terre et leur fortune du bon plaisir du maître.

Le tsar moscovite resta l'unique haut propriétaire comme l'unique souverain. Les familles les plus illustres demeurèrent éparses sur le sol, sans foyer traditionnel ni centre d'influence locale, pareilles au pérékalipolé, à cette plante de la steppe dont le vent d'automne fait rouler au hasard à travers la plaine les toufTes desséchées. Entre le dvorianslvo russe et la terre, il n'y a jamais eu le môme lien, la môme association qu'en Occident. La noblesse ne s'incorpore pas au sol comme dans le reste de l'Europe; elle ne s'identifie pas avec le pays où elle réside; elle ne i orte môme point le nom de sa propriété ou de son village, comme ailleurs avec le de français ou le von allemand. Or, toute aristocratie ressemble au géant de la fable qui puisait sa force dans la terre. Ce manque de centre local, ce défaut d'assiette territoriale, explique assez l'incurable débilité des boyars et l'avortement de toutes les tentatives aristocratiques dans l'ancienne Russie. Hien en ce pays ne rappelle les orgueilleuses demeures des aristocraties occidentales, héritières de la féodalité; rien n'y ressemble à ces chdleaux du moyen Age, si solidement assis sur le sol, si fièrement pleins de la puissance dos familles dont ils étaient le rempart. La nature russe paraît elle-même repousser ces forteresses domestiques, elle en refusait pour ainsi dire et l'emplacement et les matériaux, les rochers abrupts où les poser, la pierre pour les construire, l.a maison de bois si souvent brûlée, si vite vermoulue, si facile à transporter ou h réédilier, est un juste emblème de la vie russe; le mode même d'habitation est comme un indice des frôles destinées do l'aristocratie.

(Jràcc au ponulslic, le noble russe apjjarait, dès le moyen ûge, avec la double qualité que nous lui trouvons encore

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