‹ L'Empire des Tsars et le RussesChapitre 179 sur 283 · RÉPARTITION GÉOGRAPHIQUE DES SERFS · texte numérisé non relu

RÉPARTITION GÉOGRAPHIQUE DES SERFS

aventureux qui, à la suite des Cosaques, entraînaient aux extrémités de l'empire la partie la plus vigoureuse, la plus active du peuple russe. Moins la Russie était limitée par la nature, plus le sol était vaste et plus l'homme avait besoin d'y ôlre enchaîné : le servage le retint et pour ainsi dire l'inmiobilisa.

C'est en 1593, sous Fédor, fils d'Ivan le Terrible, et sous l'inspiration de Godounof, beau-frère et successeur de Fédor, que fut enlevé aux paysans le libre passage d'une terre à une autre. De ce seul fait, d'une mesure originairement provisoire, découla le servage du inoujik. On avait vu quelque chose d'analogue, douze siècles plus tôt, dans l'empire romain, lors de l'établissement du colunat, sous les empereurs chrétiens. Une fois attaché à la terre, le paysan moscovite perdit peu à peu tous ses droits civils et tomba dans une dépendance que le législateur n'avait point prévue; il devinl le bien, la chose du propriétaire. Des ukases des premiers Romanof confirmèrent et complétèrent l'œuvre de Godounof. La réforme de Pierre le Grand resserra les liens du paysan au lieu de les relâcher, la servitude devint plus étroite en étant mieux réglée. Le premier dénombrement général {pervaïa reiHsin)^ opéré en 1722 et depuis renouvelé à des intervalles inégaux, fournit au servage des registres réguliers. Par mesure de simplification et par économie, l'État abandonna aux propriétaires presque Icule l'administration avec la police de leurs dovnaines. Le servage devint d'autant plus difficile à détruire qu'il était devenu un instrument de gouvernement, un des principaux rouages d'une machine politique encore peu compliiiuée.

Jusqu'en 1861, le propriétaire, le pomêchtchik, eût pu ôlre considéré comme un agent de l'État, chargé de veiller dans les campagnes au recrutement des soldats et à la rentrée des taxes, comme une sorte de fonctionnaire héréditaire, investi de l'administration et de la tutelle des paysans.

Le servage ne s'élait pas répandu sur loule la Russie d'une manière égale. Dans les pays éloignés et presque déserts, où il y avait peu de propriétaires, dans la région des grands lacs et de la mer Blanche, comme dans la Sibérie conquise par les Cosaques, les règlements sur l'enchaînement du paysan au sol n'avaient point pénétré ou n'avaient point été exécutés. Ces contrées déshéritées de la nature ont toujours presque entièrement ignoré le servage et la noblesse : la liberté comme l'égalité primitive s'y étaient maintenues jusqu'à nos jours ^ Au sud, les Cosaques avaient également repoussé celte institution, qui grossissait leurs rangs de tous les serfs fugitifs. L'Ukraine, la Petite-Russie de la rive gauche du Dniepr, est, jusqu'au règne de Catherine II, demeurée indemne de la servitude de la glèbe. Au moment de l'émancipation, le centre historique de la Russie était encore le centre du servage, qui des environs de Moscou rayonnait vers le nord et le sud, vers l'Europe et l'Asie. A l'ouest, le servage moscovite rencontrait dans la Russie-Blanche et la Lilhuanie le servage polonais, auquel avait été soumise toute la population russienne ou lithuanienne des campagnes. Par une singulière anomalie, c'était la race dominante, la race slave, la race russe en particulier, qui dans l'empire russe était le plus généralement courbée sous le servage. Les Tatars de l'est, les Roumains de la Bessarabie, les colons allemands, les tribus finnoises môme avaient pour la plupart gardé leur liberté.

La condition des paysans, fixés sur les terres des particuliers, variait beaucoup suivant les régions, les coutumes et les maîtres. Pour décrire toutes les formes du servage, il eût fallu classer les krêpostiiyé lioudi en une vingtaine de groupes différents*. Ces divers modes de servitude se ra-

1. Tc\ulr.UèT\ne,Oblalsnyiaoutchreg(léiiiia liossii v XVII" vâké,p. 503, r)G'».

2. 8ur l'ùtnl dei* payNnnH koii» le régime du KervnfJ[n, voyoz les doctimctils pnidii^H son» lo lilio do Mutrrinlij tllia istorii Icrr/ioxliuigo pravn v liossii , cl M'.tlcviulij dliu tatui'ii uujii'azdncniiu Urcj/osliiai/u sunloi'uniia puîné-

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