LA CORVÉE ET L'OBROK
menaient à deux types principaux, naguère encore temporairement en usage, la corvée ou barclitchina {boiarchtchina, le travail dû au boyar ou seigneur) et la redevance en argent ou ohrok.
La corvée, le labeur personnel du serf au profit du maître, était la forme primitive, rudimentaire. Les paysans travaillaient trois jours pour le propriétaire, l'aulre moitié de la semaine ils cultivaient les terres que le seigneur leur abandonnait pour leur entretien *. Comparé à la corvée, Vobrokow redevance annuelle en argent constituait un véritable perfectionnement ou adoucissement du servage. Ce système était surtout en usage dans le voisinage des centres de production ou dans les contrées peu fertiles. Par Vobrofcy le paysan rachetait temporairement l'usage de sa liberté, quittant la terre seigneuriale pour exercer tel ou tel métier à la campagne ou dans les villes. Grâce à Vobi'o/c, beaucoup de serfs avaient cessé toute vie rurale; mais il suffisait d'un ordre de leur maître pour les rappeler à la charrue. Au moyen de ces redevances en argent, le but primitif du servage, qui devait fixer l'homme au sol, était tourné : le serf à Vobrok redevenait maître de luimôme; extérieurement il était libre, mais un lien invisible l'enchaînait à son seigneur. Le taux de la redevance annuelle variait considérablement suivant les régions, les exigences du maître, les aptitudes des serfs. En général, Vobrok oscillait entre 25 et 50 francs par an. On voit que, sous ce régime, on n'était vraiment riche qu'en possédant des villages ou plutôt des cantons entiers. La pauvreté des petits propriétaires les contraignait à tirer de leurs serfs tout ce qu'ils en pouvaient arracher. Le paysan des grands
chtchitchik krcslian v Rossii. Le lecteur fiançais peut consulter avec fruil les Vorja/jes de M. X. Mainiicr ou les Lettres sur la Russie de M. de Molinari et, pour plus de détails, les grands ouvraijes de ilaxthausen et de Schnilzler. 1. Une loi de 1797, rendue par Paul h', avait ûxé la corvée à trois jours. Dans beaucoup de communes ou de faniillcs, une moitié des serfs corvéables, hommes ou femmes, travaillaient toute la semaine pour le luaitre, tandis que les autres travaillaient pour le compte de leur ménage.
pomcchtchifd, auxquels la richesse rendait la génôrosilc facile, clait d'ordinaire plus heureux ; habituellement il était soumis à une redevance fixe. Le maîlre usait même rarement de la capacité ou des bonnes affaires de ses paysans pour augmenter le taux de leur ohrok. Tel grand seigneur, comme un Chérémétief, avait pour serfs des marchands millionnaires et se serait fait scrupule de profiler de leur opulence, tandis que sa vanité ne se faisait point conscience de les retenir dans le servage.
Les paysans de la couronne ou paysans libres, établis sur les terres de l'État, étaient au régime de Yohrok. Outre l'impôt de capilation et les taxes locales, ils payaient à l'État une redevance qu'on pouvait regarder comme une sorte de loyer de la terre et qui oscillait entre 2 et 3 roubles par paysan mâle. Ces paysans, n'ayant d'autre seigneur que l'État, avaient deux grands avantages : l'un de payer des redevances plus fixes et moins lourdes; l'autre de ne point appartenir à des maîtres changeants, variant d'humeur et de procédés d'un domaine à l'autre. Ils étaient en possession de libertés communales, et, lors de l'émancipation, leurs institutions ont en partie servi de modèles à l'organisation administrative des serf alïranchis. En dépit de la pression et des concussions d'employés souvent corrompus, les paysans de la couronne étaient d'ordinaire plus riches que les paysans des particuliers. Encore aujourd'hui, leurs villages ont un air de bien-être relatif qui les fait souvent reconnaître à première vue.
Ces paysans des domaines, attachés au sol comme les autres, formaient jadis le fonds ou le trésor vivant dans lequel puisait le souverain pour distribuer aux serviteurs de l'Étal des serfs avec des terres. Catherine II fut la dernière à pratiquer ces allocations d'hommes; elle en gratifia largement ses ministres ou ses favoris, et ces générosités sont restées une des taches de son règne. A rempcrcur Alexandre I" revient le mérite d'avoir interdit ces dons de paysans et créé une clause de culli\ atours libres.