‹ L'Empire des Tsars et le RussesChapitre 18 sur 283 · LES STEPPES ARIDES · texte numérisé non relu

LES STEPPES ARIDES

OU les steppes rocheux : là môme où se montre quelque terre végétale, le manque de cours d'eau et le manque de pluies semblent condamner celte moitié supérieure de la Tauride, dont on se promettait tant de merveilles au temps de Catherine II, à demeurer longtemps inculte. Des montagnes du Sud de la Crimée et des bords de la Caspienne au Tchernoziom encore steppien, les steppes infertiles occupent, en deçà du fleuve Oural, près de 400 000 kilomètres carrés qui ne comptent pas 1 500 000 habitanis. Sur toute cette surface, le reboisement, déjà diflicile dans le Tchernoziom et dans les st«^ppes à sol analogue, semble devenir entièrement impraticable. Impropres à l'agriculture et presque à la vie sédentaire, ces vastes espaces, comme les parties voisines de l'Asie, ne paraissent convenir qu'à l'élève du bétail et à la vie nomade. Aussi, sont-ce les seules contrées de la Russie d'Europe encore habitées par les tribus pastorales de l'Asie, par les Kalmouks et les Kirghiz, et, jusqu'à ces dernières années, par le Talar de Crimée et le Nogaï. Sur ces steppes, ces Asiatiques semblent aussi bien chez eux que dans leur pairie originaire; ils y mènent la môme vie, conduisant leurs troupeaux brouter les herbes des sables ou les maigres plantes salines qui poussent cntoulTessur le sol aride.

A cette extrémité Sud-Est de la Russie d'Europe se rencontre prescjue le môme genre d'existence qu'à l'extrêrae- Nord, chez le Lapon et le Samoyède : la vie nomade, la tente de peau ol soulcmenl le chameau à la place du renne. Aussi ces deux régions sont-elles les moins peuplées de toute la Russie en deçà de l'Oural. En comprenant les nombreux pêcheurs du Volga et les ouvriers des salines, les steppes du Sud-Est ne comptent pas en moyenne 4 habitants par kilomètre carré. Dans certaines parties, dans le steppe des Kalmouks en particulier, il n'y a guère que 1 habitant par kilomètre. 11 faut remonter dans le gouvernement d'Arkangel, jusqu'à l'embouchure de la Dvina,

pour trouver une population aussi faible. Les bords septentrionaux de la Caspienne ne sont guère plus peuplés que les côtes glacées de la mer Blanche et n'offrent guère plus d'avenir.

Pour compléter ce tableau, il nous reste à indiquer une région de moindre étendue et d'acquisition récente, à laquelle un sol montagneux et un climat méridional donnent dans l'empire une place à part. C'est le Caucase et la côte Sud de Crimée, dont l'abrupt escarpement n'est que le prolongement de la chaîne caucasique. La nature, qui n'a marqué à la Russie de limite nulle part, ni vers l'Europe, ni vers l'Asie, semblait ne lui avoir opposé de vraie barrière que d'un côté, entre la Caspienne et la mer Noire. Quelle frontière mieux tracée que celte chaîne de 4000 à 6000 mètres de haul, dressée entre deux mers? C'était comme des Pyrénées, près de deux fois plus élevées que celles qui nous séparent de l'Espagne. Et pourtant, cet obstacle qui paraissait lui devoir barrer la roule, la Russie l'a franchi. La nature môme, en lui opposant cette muraille, lui avait fourni les moyens de la tourner. Jeté à travers un isthme, d'une longueur à peu près égale h sa largeur, entre deux mers fermées, fatalement soumises A l'influence russe, le Caucase devait être débordé des deux côtés et aisément pris à revers par les armes des tsars. Ce rempart de l'Asie, la Russie le devait franchir pour atteindre le Midi, l'éternelle tentation des peuples du Nord.

Le Caucase el la côte méridionale de Crimée ne nous offrent pas une nouvelle région du sol russe, — la nature russe finit avec la plaine, — mais une contrée toute dilTércntc, aussi nuilliple et diversifiée (|ue sont uniformes dans leur étendue les régions de la Russie pro[)rcmc'nt dite. LA, sur les lianes du Caucase, se retrouvent les forêts disparues depuis le centre de l'empire, non plus maigres, monotones et clairsemées comme dans le Nord, mais épaisses, vigoureuses et d une puissance d<' végétation inconnue à

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