l.etlre inédite de louri Saniarinc, du 2o sept
les fallacieuses promesses des émissaires démocratiques ou les menteuses chimères des prophètes de village. Le serf, habitué à l'arbitraire et étranger à l'idée de légalité, le moujik, qui en toutes choses a pou le sens du définitif et de l'irrévocable, se persuade difficilement que l'acte d'émancipation puisse être irrévocable et définitif. Ce peuple encore enfant, attendant tout de l'intervention du tsar ou de la grdce de Dieu, espérait vaguement un soudain changement de fortune, une brusque et brillante métamorphose *.
Les traces de ces idées ou de ces rêves sont visibles dans mainte secte du raskol, dans les sectes millénaires qui prêchent le prochain établissement du royaume de Dieu. Plusieurs années encore après l'acte d'émancipation, des prophètes populaires tels qu'un certain Pouchkine, dans le gouvernement de Perm, annonçaient que, selon la volonté du ciel, la terre devait être concédée au paysan gratuitement. Un peu plus tôt, en 1861, était apparu dans la région de Kazan un samozvanets^ ou pseudo-tsar à la vieille mode russe : un certain Antoine Pelrof s'était donné aux paysans comme l'empereur, chassé de sa capitale par les nobles et les tchinovniks qui, d'un commun accord, avaient falsifié son manifeste aux dépens du peuple. Contre ce Pougatchcf au petit pied et les paysans rassemblés autour de lui, il avait fallu employer la force et la troupe. Les illusions politiques se mêlaient ainsi aux illusions religieuses, les fraudes des imposteurs ou des mauvais plaisants aux hallucinations des illuminés. J'en citerai un curieux exemple, arrivé à ma connaissance dans
1. « Vuici In (|U(;.stioii ca|)ital(; du niotnoiil, écrivait oncoru SniUiirine ii Milulino ic 19 mai I8('>l : dans l'cxpaco do ces doux uns, nu l'ur ol à mesure do l'introduction des contrai* rrijlemrnlaircs. le bien ôlre nialôriol dos [inysans Hc«cra-t-il nsKi-z nmélioré, lo |)n«sni,'e des redevau-cs {obrok) au radial de la lorro Hcra-t-il nssoz avancé pour ijuc lu peuple, instruit par la lento route de l'cxpéricnrc, »o réconcilie à l'idée d'un progrès régulier et graduel, dans les liniile* du • «lalut >, et renonce au vague es|)oir do voir son Kldoradu réaliKé par je ne ^ai8 quel ci'ttjj il'h'lnf/ — Tlinl ia llie qnrslioii. »