M. V.. Markof, Gotos, novembre
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encore temporairement obligés à la môme dale*. Dans d'autres gouvernements au contraire, comme, ceux de Yialka, Orenbourg, Kharkof, Kherson, l'opération, à la môme époque, était presque achevée. La raison de ces différences est dans la diversité même des conditions du rachat selon les diverses régions.
Dans les plus fertiles contrées du tchernoziom où, grâce aux débouchés ouverts par les chemins de fer, la valeur du sol a rapidement augmenté, les propriétaires ont souvent trouvé avantage à ne pas consommer le rachat, à garder sous la main,grdce à la corvée, des ouvriers qu'ils tenaient dans une étroite dépendance. Or, d'après le statut d'émancipation, le paysan n'avait pas le droit d'exiger le rachat; ce droit n'appartenait qu'à l'ancien seigneur, et, dans ce cas, les paysans avaient seulement la faculté de réduire leurs lots au minimum légal des règlements locaux. Avec une pareille législation, on s'explique sans peine le peu de progrès de l'opération dans les dernières années. Bon nombre de propriétaires ne songeant môme pas à provoquer le rachat, et ayant plutôt intérêt à le repousser, le demi-servage des rapports temporairement obligatoires pouvait se perpétuer indéfiniment. Pour mettre fin à une pareille anomalie et hiller l'achèvement de cette grande liquidation, un oukaze d'Alexandre III a rendu le rachat obligatoire ù partir de 1883. Le fils a eu ainsi l'honneur de compléter l'œuvre du père.
Il est à remarquer que les rachats elTectués du consentement mutuel des propriétaires et des paysans sont les moins nombreux, à peine les deux cinquièmes du total ; le reste, plus de 60 pour 100, a été opéré sur la demande des propriétaires ou des établissements de crédit auxquels les propriétaires avaient engagé leurs biens. La prédominance des rachats imposés par les propriétaires s'explique par
1. Statistique de la propriété foncière en /îussie (Statistika pozemelnoï sobstveunosti Evrop. lioasii). d'après les évaluations du bureau central de slatistique, t. I, Sl-Pél. 1880.
les défiances du moujik, par sa répugnance à payer un champ sur lequel il se croyait un droit; mais ce n'est là ni la seule, ni peut-être la principale raison. La loi même donnait une sorte de prime aux résistances du paysan, la loi l'encourageait indirectement à ne procéder au rachat que forcé et contraint par le propriétaire. Le statut d'émancipation a bien permis à ce dernier d'exiger la libération de SCS tenanciers; mais, dans ce cas, il a dû se contenter des sommes avancées aux paysans par l'État, c'est-à-dire qu'il n'a louché que les quatre cinquièmes du prix fixé par les évaluations réglementaires, la loi lui interdisant de rien réclamer en plus des affranchis.
Les paysans avaient ainsi le plus souvent un intérêt manifeste à se laisser imposer le rachat, puisque cela pour eux équivalait à une diminution de prix. Les évaluations réglementaires étant calculées sur la capitalisation des redevances, les anciens serfs, qui ont procédé au rachat forcé, se trouvent assujettis à des annuités moins lourdes, depuis que, au lieu de la simple jouissance, ils ont acquis la pleine propriété de leurs champs'. Le rachat, loin de leur imposer une surcharge, leur vaut un allégement notable. C'est ce que désiraient avant tout le souverain et les membres des comités de rédaction. Tout, dans cette opération, paraît profit pour le moujik, et cependant, ces paysans, qui ont l'air d'avoir été favorisés, sont souvent parmi les moins satisfaits. La raison en est simple : comme les évaluations du taux du rachat ont pour base le chilTre des redevances annuelles et non la valeur réelle du sol, la terre, ainsi cédée en apparence à prix réduit, est fréquemment loin de valoir
1. Un exemple fera mieux comprendre ce Tait. Des paysans payaient à jour ancien seigiicur, d'après les cliarles rri/lcmctilairi'i!, une rodevance aiuiuello do 7 roul)leH 1/2. Lu liiix do raciml de cctlt! redevance, calculé -sur la ca|iiluli- •ation h 6 pour ICO, élnit do 135 rouhles. Or, sur celle somme, les paysans conlrainlHÙ rnclielcr (lar lo propricUiire, n'onl dil verser ([uo les 4 cintpiiùnïcs avancés par l'iïlal, K)il 100 rouMes; cl pour celle avance de lOU roubles, ils ne payent à l'htat (pi'un iiilérOt de G pour lUU, umorlisscaicnl compris, suit G roubles par an uu lieu du 7 roubles.
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ce que l'ancien serf la doit payer. Aussi nombre des affrancliis, contraints de racheter, ont-ils usé de lafacultô de n'acquérir que le minimum légal.
Les rachats forcés prévalent dans les régions du Nord, dans les gouvernements de Pélersbourg, Novgorod, Pskof, Tvcr, Smolensk, Moscou et généralement dans les contrées peu fertiles. Les rachats opérés par consentement mutuel l'eniportent au contraire dans le Sud, dans les gouverncmeuls de Poltava, Tchernigof, Kharkof, Khersoii, cl généralement dans les riches pays à terre noire. Dans le premier cas, le sol étant pou fertile et le taux du rachat, calculé sur le taux des anciennes redevances, étant relativement élevé, le seigneur a eu tout intérêt à tirer des terres de ses paysans le prix que la loi l'autorisait a en exiger. Dans le cas opposé, le sol étant d'ordinaire d'une remarquable fécondité et, grâce au développement de la population et des voies ferrées, la terre augmentant toujours de valeur, le propriétaire avait peu d'intérêt A s'en défaire au prix légal, devenu le plus souvent fort inférieur à la valeur réelle*.
On voit par là que, tout en étant fondée sur des règles identiques, l'émancipation n'a pu produire partout les mômes cITets, que parfois elle a pu être onéreuse aux paysans et parfois aux propriétaires. De là, en partie, la dilTérence des jugements qu'en Russie même on entend porter sur cette grande réforme. Parmi les anciens détenteurs du sol, les plus malheureux ont été les moins riches. L'Étal a du venir au secours des petits propriétaires qui, ne possédant que quelques serfs dont ils louaient le travail, se
1. D'après les commissions d'enquête agricole, le taux du rachat, tel qu'il avait été fixé en 18G1, était, dans la partie septentrionale des lerres noires et dans quelques contrées de TOuesl, de 10, 30, 50, |)arfùis de 100 pour 100 plus bas que la valeur vénale actuelle. Dans le Nord-Ouest, le Nord et l'Est, au contraire, le taux du rachat est de 10,30,50 pour 100, parfois même de 100 pour 100 plus élevé que les prix actuels. Il n'y aurait que neuf goi;verncments où la diUérouce en plus ou en moins ne dépasserait pas 10 pour 100.
fussent trouvés complètement ruinés^ Parmi les paysans aucune catégorie d'anciens serfs n'a été appelée à recevoir une indemnité ou des secours ; mais indirectement l'État a dû venir en aide à plusieurs en leur remettant une partie des taxes arriérées. C'est ce qui s'est fait par exemple, dans le gouvernement de Smolensk, où le rendement des terres est hors de proportion avec le prix exigé des alTranchis, où le lot que le paysan a été contraint de racheter est notoirement insuffisant pour solder ses impôts et redevances*.
Là où les conditions du rachat leur étaient le plus favorables, les paysans n'ont pas toujours su profiter des avantages qui leur étaient offerts. Ils montraient pour cette opération une répugnance qu'expliquaient leurs préjugés et leurs défiances. « Comment, disaient-ils, racheter les champs qui nous appartiennent? » Beaucoup voyaient là un piège et s'imaginaient que, la terre devant leur être un jour concédée gratuitement, le seigneur seul avait avantage à procéder au rachat. Au village de K..., dans un des plus riches gouvernements du tchernoziom, un grand propriétaire, homme droit et libéral, avait voulu faire comprendre à ses paysans qu'il était de leur intérêt de racheter le maximun des terres que leur accordait le règlement local. Ses propositions ne firent que fomenter la méfiance, après de longues discussions elles furent repoussées par la commune. C'est par commune en effet, et par engagement solidaire de tous les paysans, que s'effectue d'ordinaire le rachat. Dans l'assemblée communale du village en question, les paysans qui, suivant lavis du propriétaire, opinaient pour le maximun légal étaient traités par les autres de partisans du seigneur. On leur prenait la barbe et on leur disait : « Vous n'êtes que des serfs, vous êtes les gens du baiinc (maître), vous ne savez
1 . Une dizaino do millions do roubles, pris sur les fonds du Trésor ol en grande
parli»; dinlribué» par les aHscinhli'cs dii lu nohloHso, ont Hi' l'inployc'is àcotcflot.
1. l'uur les allt'-genionts accurdùs uux paysnns par Alexandre Ht, voir p. ^if)?.