‹ L'Empire des Tsars et le RussesChapitre 194 sur 283 · En fait, ces libres contrats ont été fort rares · texte numérisé non relu

En fait, ces libres contrats ont été fort rares

2. Encore faut-il compter ces quarante-neuf an?, non à partir de la promu igalion de l'acte d'émam-ipalion, mais à partir du moment où les intéresses ont recours au radiât, or un certain nombre de pavsans n'avaient jias encore procédé à ce rachat lors de ravcnement dAlexaridre III.

3. Le lecteur remarnucra que les litres, remis aux propriétaires, étaient amortissables en 37 ans, tandis que les annuités de rachat, soldées par les paysans et destinées à rembourser le gouvernement de ses avances, sont échelonnées sur 49 années. Si l'on n'a pas adopté le même délai pour les deux opcralious connexes, c'est qu'on a cru devoir compter avec les retards des

ici dans le délail de celte \asle et complexe opération, accomplie à la faveur, mais aussi avec tous les risques du cours forcé. Le principal besoin des propriétaires fonciers, subitement privés de leur capital humain, était de retrouver un capital argent. Pour eux, il eût fallu que l'indemnité de rachat fût immédiatement réalisable, et le papier donné par le gouvernement ne l'était pas ou ne l'était qu'à des conditions onéreuses. Les détenteurs des nouvelles obligations ayant presque tous à la fois besoin d'argent, l'offre des titres amena, sur ces valeurs, une dépréciation à laquelle les précautions du gouvernement ne pouvaient qu'imparfailement parer. C'est là un des principaux motifs de la gône, des souffrances môme apportées à nombre de propriétaires par l'émancipation. Ce qu'il y a d'étonnant, ce n'est pas qu'une telle transformation ait amené une crise foncière et économique, c'est qu'avec des finances déjà embarrassées, la Russie en soit sortie sans être plus éprouvée. Les avances du gouvernement aux affranchis montaient, lors de l'avènement d'Alexandre III, à prés de 750 millions de roubles, et, chose remarquable, 1 État a pu ouvrir un pareil crédit au moujik sans gône ni perte pour le Trésor'. Si l'opération était terminée, si tous les paysans avaient usé du concours du gouvernement et racheté le maximum des terres auquel la loi leur donnait droit, les avances de l'Etat auraient dépassé un milliard de roubles. Au l"juin 1886, elles atteignaient 862 millions.

paysans dans leurs versements. Ces nnién-s, on ofTol, ont (dé nssoz considtsrablos, mais inff'-rieur.s aux provisions; los puycMnenIs ont mi^nio clé parfois nnliripés, si liini ipi'aii lieu d'eiidellor l'I^lal, l'oporalioii du radial a fourni lin bi)tii do pliisii'urs millions de rouilles.

1. !.«? roiililr mi'lalli(|uc, on le sail, vaut h francs; diirnnl les années qui ont précodé In mteno do KulKario, le cours du rouble, coté on 188'.) aux onvirons de '2 fr. fiO, se rnpproiliail de 3 fr. f)(). Au 1'"^ avril 1K80, lo tolal dos prôlH elToclués moulait A 7.1'.» millions; les nnnuilôs, poit-iios do ce cliof en 187'J, nltei^'uiiont 'i.'J millions, auxipicls s'ajoiilaionl 17 millions dnrricro. La bt>w\w: dn Uussiu avait avaiuo en moyoïine ;il roublos fiO ko|)cokR par <lcs- KÎathi': ilu Icrro et environ 107 roubles pur paysan mftio. Vojcz l'oxcellent Annuaire dei financée ruêsm do M. Vossùlovttky (St-Pùtershourg, 1880).

l'émancipation : LE RACHAT. 437

Quelques chiffres donneront l'état de l'opération à la mort d'Alexandre II. Au 1'^ janvier 1881, il restait encore dans les trenle-scpl gouvernements de l'intérieur 1553 000 âmes de revision*, soit plus de 3 millions de paysans temporairement ùhl'ujéSy c'est-à-dire encore astreints à la corvée ou à Yobrok. Le nombre des anciens serfs ayant procédé au rachat était, dans les mêmes gouvernements, de 5 750000 âmes. De ces paysans 5 100 000 avaient demandé le concours do l'Élat, le reste, 645 000 environ, s'étaient j)assé de ce concours. A ces chiffres il faut ajouter 2 700 000 âmes pour les neuf provinces occidentales, où, à la suite de rinsurreclion polonaise, le lien du servage a été brusquement rompu et le rachat rendu immédiatement obligatoire. C'était donc pour ces quarante-neuf gouvernements, qui comprenaient l'immense majorité des serfs, plus de 8 millions d'tî/>u's do revision, soit environ 20 millions de personnes, définitivement délivrées des liens de la glèbe et n'ayant plus qu'à servir l'intérêt du prêt de rachat. Dans le reste de l'empiro et jusque dans les provinces les plus éloignées, au Caucase, par exemple, l'opération a été conduite de la mémo manière.

On a, durant les dernières années d'Alexandre II, remarqué un ralentissement dans le rachat. Le nombre des paysans, procédant annuellement à cette opération, a presque sans cesse décru depuis 1873; on n'en a pas compté 20 000 en 1880. De celle façon la disparition des paysans temporairement obliyés risquait d'être ajournée à 15 ou 20 ans. le régime de la corvée menaçait de persister çà et làjusque dans le vingtième siècle.

Contrairement aux idées reçues, il y avait ainsi, à l'avènement d'Alexandre III, de nombreux paysans qui, de par le statut même d'émancipation, demeuraient dans une dépendance légale de la noblesse. En 1882 plus de trois

1. Comme au temps du servage, on entend toujours par âme, doucha, le paysan mâle, naguère soumis à la capitation, sans tenir compte de l'accroissement de la population dune revision à l'auli-e.

millions de paysans des deux sexes restaient encore placés sous la tutelle de leur ancien seigneur et, pour tout dire, restaient dans une demi-servitude, car les prérogatives reconnues par le législateur aux propriétaires étaient fort étendues. D'après l'article 148 du statut agraire (pologénie), l'ancien seigneur était de droit le curateur des communes de paysans temporairement obligés; d'après l'article 149, le seigneur était investi de la police domaniale et du soin de veiller à la sécurité publique; il pouvait exiger de la commune l'arrestation des paysans coupables ou suspects. L'article 160 du statut allait jusqu'à donner au propriétaire noble la faculté de reviser les décisions communales et d'en suspendre l'exécution. Bien plus, le seigneur avait dans certains cas le droit d'exiger le remplacement de Vancien ou chef élu de la commune, le droit même d'autoriser ou d'interdire l'éloignement temporaire du paysan. On voit ce qu'avait d'anormal une pareille dépendance des affranchis vingt ans après l'alTranchissement. Pour être vraiment émancipés, ces paysans temporairement obligés avaient, selon l'expression d'un publiciste pétcrsbourgeois*, besoin d'une autre émancipation.

Cette émancipation, la loi l'avait prévue et préparée, elle s'opérait graduellement par le rachat qui déliait les anciens serfs de toute obligation envers leurs seigneurs. Par malheur, l'exécution de cette grande mesure se poursuivait d'une manière inégale selon les provinces : propriétaires et paysans sont loin d'avoir montré partout le môme zèle pour régler leur situation. Dans le gouvernement de Koursk par exemple, à peine la moitié des paysans, dans ceux do Nijni, de Toula, d'Orel, d'Astrakan, à peine les 2 tiers avaient entrepris lo rachat en 1880. Dans les liuit gouvernements (le la zone agricole du centre, c'est-à-dire dans la plus riche région de l'empire, plus de 25 ])our 100 des serfs émancipés, soit 1500 000 paysans des doux sexes étaient

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