Lettre de Tcherkassky à N. Milutine, du â mai 18G
libérant les serfs sans leuratlribuer une part du sol, on eût donné un bien autre aliment aux revendications agraires, de bien autres armes à la propagande révolutionnaire*.
Déçu dans toutes ses espérances, dépouillé du champ sur lequel il se croyait un droit imprescriptible, le m?omj«7c, cessant d'avoir foi dans le pouvoir paternel du tsar, eût pu devenir la proie des émissaires anarchistes. Si les lois agraires ont pu éveiller dans le peuple de vagues convoitises, c'est peut-être grâce à elles que, durant les dernières années, les insidieux appels des socialistes, conviant la plèbe rurale « à la terre et à la liberté », n'ont pas trouvé plus d'écho dans Vizba enfumée du paysan, que, malgré les sinistres menaces de certains propagandistes, les campagnes russes n'ont pas encore eu leur Jacquerie ou leur landleague à l'Irlandaise.
Rien ne pouvait empêcher le serf émancipé de rêver une sorte de millénium et de paradis terrestre, d'attendre du tsar, avec une confiance naïve, comme une seconde rédemption; mieux vaut encore que, pour ces chimériques espérances, il compte plus sur la toute-puissance et la générosité de l'empereur que sur les fallacieuses promesses des agents révolutionnaires.
Les nihilistes ont pris soin d'entretenir dans le peuple des idées et des aspirations que le temps eût peut-être déjà étouffées, si elles n'avaient été habilement attisées par des mains intéressées. Depuis la dernière guerre d'Orient, durant les complots de 1878 à 1882 surtout, les agitateurs n'ont cessé de répandre, dans les campagnes, le bruit d'une nouvelle et prochaine distribution de terres; sur quelques domaines, les paysans ont même tenté de pro-
1. I.CH l)rûclitii('8 lévoliilionnaiifs, deslinécs au peuple, insistent spécialement «ur In petitesse et la elierlé des alloontions territoriales coneéilccs aux payHanH. Onns un pamphlet, nnalysi'- par M. ll.ilslon {.\i)irleeiilk Ceulurij, mai 1817) cl inliluli'' : Ou feu d(tns l<i flumme, on s'elTorce de démontrer au ir.oiijik que sa situation est pire (pi'au tcmi»» du servage, que bientôt il toml>cru dans une misère pareille à • celle du peujde anglais, que les riches ont dépouillé du ses terre» et réJiiil au rang d'cBclavo ».