‹ L'Empire des Tsars et le RussesChapitre 210 sur 283 · LES LOIS AGRAIRES ET LES ASPIRATIONS DU PAYSAN · texte numérisé non relu

LES LOIS AGRAIRES ET LES ASPIRATIONS DU PAYSAN

céder au portage des biens seigneuriaux. Pour dissiper de pareilles rumeurs, le gouvernement a dû, à diverses reprites, alfirmer solennellement, dans des circulaires officielles, que l'acte d'émancipation avait fixé les conditions de la propriété d'une manière définitive et irrévocable. D'autres fois, dans le diocèse dOrel, par exemple, en 1881, on a employé le clergé pour mettre le peuple en garde contre de pareilles illusions. Le besoin de telles déclarations, vingt ans après la charte d'aflranchissement, n'esl-il pas un fait significatif? 11 n'y a pire sourd que celui qui ne veut pas entendre, et, sur ce point, le moujik a l'oreille singulièrement dure. Un propriétaire d'une des provinces méridionales me racontait, à ce propos, une anecdote bien caractéristique qu'il tenait d'un de fies anciens serfs {dvorovyé)^ attaché à son service; le moujik, on le sait, se tait ou se dérobe devant les hommes d'une autre classe. Dans un village écarté, un paysan lettré faisait lecture aux autres d'une circulaire, destinée à détromper le peuple en démentant les bruits de nouvelles lois agraires': u Bah! dit en souriant l'un des rustiques auditeurs, ce sont les ichinovniks et les propriétaires qui écrivent cela; — le tsar est le maître! » Ce mot résume toute la politique et toute l'économie sociale du moujik; aux yeux du iieuple, le tsar reste le maître de la terre et de la propriété, il en peut disposer à son gré en faveur des paysans ^

Ce qu'il a en vain longtemps espéré de la générosité d'Alexandre 11, le moujik persiste à l'attendre d'Alexandre lll.

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