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COMMUNAUTÉS DE VILLAGE : LEUR ORIGINE

les siècles les transformniions des communautés de village de la Russie. Par malheur, il en est de la commune russe comme de la plupart des institutions reléguées au fond du peuple. Pour le philosoplie et l'hislorien, ce seraient les plus importantes à connaître, et ce sont toujours les plus enveloppées de voiles; elles restent dans les ténèbres où le dédain des chroniqueurs laisse dormir les masses populaires et les classes rurales. L'obscurité est telle à ce sujet que, entre les écrivains russes, il a pu s'engager de vives polémiques, non seulement sur l'origine, mais sur l'antiquité des communautés de village en Russie. Des publicistes distingués, en particulier M. Tchitchérine, ont conleslô l'antiquité ou la filiation patriarcale de la commune solidaire. Longtemps avant les récents travaux de l'Occident sur cette délicate matière, M. Tchitchérine, déjà précédé de Granovski, montrait en Russie même que, loin d'être une institution nationale, spéciale aux Slaves, les communautés de village ou de famille, telles que le mir russe ou la zadrouga serbe, avaient eu une longue existence chez plus d'un peuple étranger'. Contrairement aux préjugés de beaucoup de leurs compatriotes, ces écrivains rappelaient que partout la propriété s'est constituée avec le sentiment de la personnalité, que les progrès de l'une sont en rapport avec le développement de l'autre. Par une apparente inconsétjuence, des publicistes, qui mettaient si bien en relief le caractère primitif et cosmopolite des communaulés agraires, les regardaient en Russie comme une institution relativement récente. A les entendre, les Slaves, d'où est sorti l'État russe, sont bien originairement partis de la propriété collective, mais rien ne prouve que la commune russe actuelle, le mir solidaire, provienne directement de ce communisme patriarcal primitif. Loin de là, selon la théorie de M. Tchitchérine, la communauté du sol

1. Tchilchcrine : Opyly po istorii rousskago pyava : Obior istoritcheskago razvitiia selskoï obchtchiny v Hossii.

et surtout le partage périodique des terres auraient été étrangers à la Moscovie, aussi longtemps que les paysans étaient demeurés libres.

C'est le servage, c'est la solidarité des paysans pour le payement des impôts et le recrutement militaire qui, selon celte école, auraient introduit chez le moujik le partage égal du sol. En faveur de ce point de vue, on cite d'anciens documents historiques, des chartes authentiques, des testaments ou lettres spirituelles [doukhovnyia gramoty)^ voire des actes de partage; on cite l'exemple de la Petite- Russie, pays foncièrement slave et russe, qui, avant la domination moscovite, avant l'introduction du servage et des institutions rurales de la Grande-Russie, ne connaissait que des propriétaires personnels, nobles ou cosaques, et des paysans attachés au sol par de libres contrats. Au lieu d'une institution patriarcale ou familiale [rodovaïa], la commune russe n'est, pour M. Tchitchérine, qu'une institution d'État {gosoudarstvennaia). Le mir moscovite n'a ni la môme origine ni le même caractère que la zadrouga des Serbes ou des Bulgares, dont les communautés de familles ont, à travers toute i'hisloire, gardé l'empreinte patriarcale. La commune russe, au contraire, n'est pas sortie spontanément de la propriété primitive ou de la libre union des cultivateurs du sol, elle est issue de la servitude de la glèbe et des besoins de la souveraineté politique, sous l'influence de certains procédés de gouvernement.

Dans ce système, combattu par la plupart des écrivains russes, historiens ou critiques ', ne peut-il y avoir une part

1. Jo riU'rai en pnriirulier IkMaef : 0 srlskoï obchlchinâ. (1856) et Krcsliane na Uousi (l**fVt); Sokdlnvski : Olcherk islovii sclskuï ohclilchini 7i(i sêveré lioêiii. l'uiir In |iolrniii|uu Kiir rnntii|iiil(i dos coininiinnulés do villngc en Ituaiio, vo>fz MM. (iuPiTicr H TchilclH-rino : lUniskii (iUrltanlizin i obchtchinoe iriHl''vl(i'lt'nU' (1878), i-l deux jcllros de MM. Tcliitcliérino ot Kovali'Vnki dan» lu Krititcheikoe (Jhozrénic de Moscou (ISV.), n« '2). (If. M. Uluiiionffid : 0 fovmakh zemldvlarlthiui v drevnei Rossii, Odessa 1885, et Mme Kdrncnko : hslédovaniia uarodnuï jizni.

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