INCONVÉNIENTS DES PARTAGES FRÉQUENTS
baux que les paysans à reculer leurs partages. S'il faut une loi pour régler l'époque des derniers, pourquoi n'en faudrait-il pas pour régler la durée des premiers* ? »
Le ministère des domaines avait naguère, dit-on, fait mettre à l'élude la question de fixer un terme minimum pour la jouissance des terres arables, mais les mesures officielles sont déjà prévenues et seront peut-être rendues inutiles par les décisions spontanées des communes rurales. Le cours naturel des choses apporte ainsi un remède à l'un des principaux inconvénients de la tenure collective. En relardant les partages, le paysan retrouve le précieux aiguillon de l'intérêt individuel, et la terre, le profit des longues jouissances et de la sécurité du travail. Le bénéfice de celle réforme est déjà sensible. Dans les gouvernements de Toula et de Koursk, par exemple, la fumure et le rendement des terres ont augmenté avec l'allongement des périodes de jouissance. Aussi a-t-on remarqué que les communes les plus riches sont celles qui recourent le moins volontiers à un remaniement de leurs terres. L'abrogation des partages fréquents a un autre avantage : elle retarde et limite les partages de famille. Les jeunes gens ou les jeunes ménages peuvent être obligés de demeurer au foyer paternel ou d'aller vivre au dehors en ouvriers salariés, jusqu'à ce qu'une nouvelle répartition leur donne accès à un lot du champ communal.
Le mode d'allotissement n'a pas moins d'importance, et aujourd'hui pas moins d'inconvénients, que l'époque même des partages. Là aussi le dommage est d'autant plus grand qu'on reste plus fidèle à l'esprit communiste et aux pra-
1. L'esprit russe est Irop bon logicien, et le goùl national trop porté vers Tintervention administrative, pour s'arrêter toujours devant une pareille olijeclion. Parmi les défenseurs mêmes du mir, il s'en est rencontré, et non des moins éclairés, tels que le primée Vasiltcliikof, pour réclamer de TÉtat, au nom de ragricullurc, des lois réglementant à la fois les époques de partage des terres communales et la durée des fermages des propriétés individuelles. CVasiltchikof, ZemlcuUdênif i iemUdélié, t. II, p. 619-G88; 172-774.)
tiques strictement égalitaires. Le principe du mir veut que, chaque lot de terre supportant une part égale de l'impôt, chacun soit rigoureusement égal au lot voisin. La commune russe s'y conforme d'ordinaire servilement; elle cherche à faire des lots égaux à la fois en superficie et en valeur, et le plus souvent on les lire ensuite au sort. L'on ne peut d'ordinaire arriver à cette double égalité en donnant à chacun un champ d'un seul tenant. Chaque paysan reçoit une parcelle d'autant de sortes de terrain qu'il y a de qualités de terre dans la commune. Les arpenteurs commencent donc par délimiter les terres des difTérentes catégories, et, dans chacune de ces divisions, on taille autant de parcelles qu'il y a de copartageants. Quand les terres seraient toutes de môme qualité, ce qui, avec l'homogénéité du sol russe, est heureusement moins rare qu'en Occident, l'inégale distance du village leur donne encore pour le paysan une inégale valeur. L'une des conséquences de la communauté des terres est, en elîet, l'agglomération des demeures. Des maisons isolées, des fermes dispersées supposent l'appropriation permanente du sol. Pour être à portée du lot qui lui peut échoir, chaque membre de la communauté doit être établi près de ses frères, au centre de la propriété commune.
Dans la Grande-Russie, les maisons des paysans sont ainsi réunies en gros villages, renfermant souvent plusieurs milliers d'habitants. Les maisons de bois sont alignées sur deux longues files, qui, pour donner moins de prise aux incendies, laissent entre elles une rue démesurément large et, autant que possible, disposée le long d'un cours d'eau. Les izbas, toutes voisines, sans jamais se loucher, ^'appuient d'ordinaire à la rue, par une de leurs faces latérales, souvent ornée d'un balcon ou de dentelures de bois. Devant VizOa est une cour avec des écuries cl des granges; derrière est l'enclos (ousa(/6a), non soumis aux partagea péri()di(jU('s. Ce mode d'habilation par villuges, en li.iniioiiic avec le mode de propriété, a aussi