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MONOGRAPHIE D'UNE COMMUNAUTÉ DE VILLAGE

mobile des paysans est tout autre, il est, conformément à leur caractère, plus réaliste, plus pratique.

La communauté des terres, nous l'avons dit, est en corrélation intime avec la solidarité devant le fisc. Depuis des siècles, les deux choses sont si intimement liées qu'une certaine école a pu regarder la propriété collective comme une simple conséquence de cette solidarité des charges. Or, dans un pays où les taxes de toute sorte ont toujours été fort lourdes, où longtemps la possession du sol aurait pu être considérée moins comme un droit que comme une obligation, où même aujourd'hui le montant des impôts et redevances dépasse souvent le revenu normal de la terre, il est naturel que, dans la répartition du domaine communal, les paysans aient en vue avant tout le payement des taxes. Depuis l'émancipation, comme au temps du servage, cette question domine toute la vie du inir; en distribuant le champs communaux, il se préoccupe moins du droit de l'individu à la terre que de ses facultés contributives. Chaque lot correspond le plus souvent à une part proportionnelle de l'impôt solidaire, et la quantité de terre, ulTeclée à chaque ménage, est en raison des charges qu'il peut acquilt'ir. La répartition du domaine commun n'est qu'une suite de la répartition des taxes communes.

La dotation des familles varie avec l'âge et la force, aussi bien qu'avec le nombre de leurs membres; elle varie avec leurs ressources agricoles. Les plus robustes et les plus aisés reçoivent une plus grande portion de terre, de même qu'ils supportent une plus lourde portion des taxes. Les communes, où le revenu du sol dépasse régulièrement les impôts annuels, sont les seules qui n'aient pas besoin de &c préoccuper de telles considérations, les seules qui puissent diviser simplement leurs champs par tête ou par ménage.

Faut- il faire ressortir toutes les complications et les difficultés d'un tel système de partage? Les pratiques, en usage dans le mir à cet égard, ne peuvent guère être comprises qu'à l'aide d'un exemple ou d'une sorte de diagramme.

C'est ici le cas d'emprunter à M. Le Play la méthode des monographies, tout en rappelant qu'une pareille méthode ne saurait donner que des faits particuliers qu'il serait téméraire de trop généraliser. Le mir russe, il ne faut pas l'oublier, ne connaît ni lois ni règles uniformes, les coutumes changent de région à région, de district à district, parfois môme de village à village, chaque communauté étant maîtresse de régler ses partages à son gré, pourvu qu'elle acquitte les impôts à sa charge.

Un économiste, M. Trirogof, voyant dans les communautés de village les cellules organiques du grand corps russe, résolut d'en étudier une de près, pour ainsi dire au microscope. Au bout de plusieurs années de patientes observations, il nous a donné successivement, en deux curieux mémoires, les résultats de cette sorte d'histologie sociale*. La commune du gouvernement de Saratof, soumise à cette analyse, s'appelle Arachine; rien ne la dislingue de ses voisines.

Au moment des investigations de M. Trirogof, Arachine comptait 493 habitants des deux sexes, qui formaient 87 familles, demeurant dans un nombre égal de maisons. Les âmeSf recensées à la dernière revision et soumises à la capitation, atteignaient le chiflVe de 212. Le territoire communal embrassait 846 desialines * de terre arable, moins les potagers et les chenevières avoisinant immédiatement la village. Les terres arables, divisées comme d'ordinaire en trois champs, étaient réparties en un nombre de lots égal au nombre d'dmcs imposées, soit 212 lots de 4 dcsiatines environ, comprenant chacun une parcelle des trois champs communaux. A la répartition de la propriété cor-

1. Les deux mémoires do M. Trirogof, publiés, l'un en 1878, par la Société do géographie, l'autre dans lo Vestnik ICvropy, en nov. 18T.), oui pour lilro, lo premier, l'odntnain duucha [l'Ame iin/mni'f], lo second, J'odalnaia dcsialina {la iltUialiur imjiuHt'r). Le» résultats cl conclusions de celte double éln«le onl été expoHés par le mémo auteur dans une brochure intitulée Nat'odn\ji liadaslr^ Sl-I'ét. 1K80.

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