‹ L'Empire des Tsars et le RussesChapitre 240 sur 283 · MONOGRAPHIE D'QNE COMMUNAUTÉ DE VILLAGE · texte numérisé non relu

MONOGRAPHIE D'QNE COMMUNAUTÉ DE VILLAGE

respond la reparution des charges. Toutes les contributions ou redevances, impôts personnels ou fonciers, mis par l'Élat ou la province à la charge de la commune, sont par le mir d'Arachine confondus en une seule masse, sans distinction de nom, d'origine ou de destination. Les impôts, ainsi réunis en bloc, sont partagés en un nombre de cotes égal au nombre d'ûmes de capilation et par suite au nombre de lots de terre. Le total des impôts, redevances, montant pour Arachine à 2,607 roubles 30 kopeks, c'était 12 roubles 30 kopeks par dme de recensement et par lot.

Si, conformément à la théorie et aux fictions légales, la distribution s'était faite par àme imposée, chacune eût eu ses quatre hectares de terre et payé ses 12 roubles; mais Arachine n'opère la répartition ni par dme, ni par tète, ni môme par ménage. Tandis que telle famille ne recevait qu'un lot et n'était taxée qu'à 12 roubles 30 kopeks, telle autre était en possession de cinq lots et demi, et acquittait une contribution annuelle de plus de 73 roubles. Ce qu'il y a de plus singulier, c'est que la part de terre et d'impôt de certaines familles s'accroît ou diminue d'année en année, selon que grandit ou décroît la force de leurs membres. Ainsi la maison de Vassili Fédotof avait, en 1874, quatre lots et demi, en 1875, cinq lots, en 1876, cinq lots et demi. Pourquoi cette augmentation annuelle d'un demi-lot, soit de deux desiatines? Parce que les enfants de Yassili Fédotof grandissaient, que la famille était capable de supporter un surcroit de charges avec un surcroit de travail. Dans le voisinage au contraire, la part de la maison Ivan Fédotof était, dans le môme laps de temps, tombée de trois lots à deux, parce que le chef d'exploitation vieilHssail, que les forces de la famille allaient en déclinant.

On voit que là où elles veulent tenir compte de tous les changements apportés par l'âge ou les maladies, les communes sont obligées de recourir à des partages annuels, à moins, ce qu'elles font souvent, de transporter simplement un lot ou un demi-lot d'une famille ù une autre, sans lou-

cher au reste. Au village d'Arachine, la répartition, ainsi modifiée incessamment, n'a rien de fixe, elle reste mobile, variant continuellement selon les moyens des familles, l'âge ou la santé de leurs membres. A cet égard, les précautions intéressées ou la sollicitude paternelle du mir d'Arachine vont fort loin; il examine tous les côtés de la vie domestique, il tient compte des différences individuelles. C'est ainsi qu'une famille Maximof, qui, d'après les listes de recensement, eût dû recevoir quatre lots et payer pour quatre âmes, n'avait que deux lots et demi et était taxée en proportion, parce que l'un de ses membres avait les yeux, et un autre, la gorge malades.

L'âge et la force physique ne sont pas les seules bases d'appréciation du mir, dans cette distribution des terres et des charges; il a égard, en môme temps, aux ressources, aux moyens d'exploitation de chaque maison ou cour {dvor), à ce que les économistes appellent le capital. Ainsi, le mir d'Arachine groupe les familles en quatre catégories. La première comprend celles qui, par leur défaut de travailleurs adultes ou leur manque d'instruments agricoles, sont incapables de cultiver avec profit et de supporter la moindre part des charges communales. Sur 87 familles, Arachine en comptait trois dans cette situation ; elles étaient exclues de tout partage et affranchies de tout impôt ; en stylo russe, elles n'avaient pas d'âmes. Après ces familles sans âmes {bezdouchnye)^ viennent, dans la classification d'Arachine, les familles faibles ou peu capables {malomochtchmje), celles qui possèdent un travailleur valide, mais sont dépourvues de l'indispensable auxiliaire du laboureur, le cheval. On en comptait une dizaine; elles ne recevaient chacune qu'un lot et n'élaicnt taxées qu'à une âme. A la troisième catégorie, de beaucoup la i)lus nombreuse (45 sur 87), appartiennent les ménages qui n'ont qu'un travailleur unique avec un ou deux chevaux ; ils payaient chacun pour deux âmes et possédaient deux lots. Enfin, venaioni, au nombre de trente, les familles les plus nombreuses ou

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