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DE L'INSUFFISANCE DU LOT DES PAYSANS

solidarité des paysans; ensuite, et selon les localités, tantôt en exigeant des moujiks un taux de rachat, hors de proportion avec le rendement de la terre, tantôt en leur concédant des allocations insuffisantes. De ces deux cas, le premier est malheureusement le plus fréquent, et il déforme, il dénature la communauté foncière en la transformant en i-ervitude. Dans telle région, dans le pays de Smolensk, par exemple, le prix de rachat a été estimé 50 pour 100 au-dessus de la valeur vénale du sol, et le rendement de la terre ne suffit point à en couvrir les charges annuelles'. Comment en de telles conditions le moujik^ contraint de payer des taxes excessives et privé de moyens de culture rationnelle, n'épuiserait-il pas rapidement le sol le plus riche? Souvent, les lots de terre sont olTerts pour rien à qui se chargera de l'impôt, et il ne se rencontre pas d'amateurs; parfois le lot n'est loué que pour la moitié des taxes qui pèsent sur lui. En de telles circonstances, la propriété, individuelle ou collective, ne peut être qu'une charge onéreuse, une sorte de travaux forcés temporaires, au profit de l'ancien seigneur ou de l'État, et de fait, nous avons vu qu'un grand nombre de paysans n'ont racheté que sous la contrainte de la loi.

Dans d'autres régions, et parfois dans les plus fertiles, les paysans, grâce au quart de lot gratuit, n'ont eu que des allocations exiguës, deux ou trois fois moins de terre qu'ils n'en avaient en jouissance au temps du servage. Les lots attribués à chaque famille ne sauraient suffire à son entretien, et, ce qui est plus grave, ne sauraient donner lieu à une exploitation régulière. Dans ce cas, la modicité des allocations expose, dès aujourd'hui, la commune agraire au péril, dont la menace ailleurs l'accroissement de la population. Le paysan, incapable de vivre sur la terre qui lui

l.Pour comprendre celle anomalie, le lecleur se rappellera qu'en réalité ropération de rachat ne porte pas tant sur le sol que sur les redevances qui, au temps du servage, pesaient à la fois sur la terre et sur la personne du paysan.

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a clé abandonnée, est obligé de demander son pain à un métier industriel, ou d'aller au loin louer ses bras. L'insuffisance du fonds communal est parfois si notoire que, sous Alexandre If, des assemblées provinciales, celles de Tver et de Tauride, par exemple, se sont décidées à faire des avances aux communes pour leur permettre d'arrondir le lot de leurs membres, que, sous Alexandre III, l'État a lui-môme, dans le même dessein, fondé une Banque foncière spéciale.

Les plaintes contre l'exiguïté dulot ou nac/e/ des paysans sont aujourd'hui presque générales. M. lanson, professeur de stalislique à l'Université de Saint-Pétersbourg, s'est fait le principal organe de ces doléances, devenues depuis lors, dans la presse pétersbourgeoise, une sorte de lieu commun*. On a été jusqu'à dire qu'en le dotant aussi maigrement, l'émancipation avait trompé les espérances du peuple et fait mentir les promesses impériales, telles qu'elles avaient été formulées, en 1857, dans le célèbre rescrit à Nasimof. On avait promis, dit-on, au paysan, une quantité de terre suffisante pour assurer son existence et le mettre en état de se suffire à lui-môme, et, au lieu de cela, on lui a généralement donné un lot trop petit pour subvenir aux besoins de sa famille.

Il y a, semble-l-il, dans les doléances de ce genre, un malentendu qu'expliquent les illusions, suscitées au moment de l'affranchissement des serfs. Les inspirateurs de la charte du 19 février 1861 auraient partout voulu, nous l'avons dit, arrondir les allocations concédées aux paysans, de façon à ce que les affranchis n'eussent pas moins de terre en propriété que n'en avaient les serfs en jouissance; mais jamais les membres du comité de rédaction, les plus favorables au [)aysan, n'ont eu l'idée de lui donner assez de terres pour (ju'il n'eût plus besoin de Iravailler en

1, Innonn ; Opyt ttntinlitrhrskikh itHÏi'dovanii o krestianakikh 7iadèlakh i pl-jUivhli (IU77, ouvrage rfiiiipriiiié en 1881}.

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