‹ L'Empire des Tsars et le RussesChapitre 263 sur 283 · OPINION DU PAYSAN SOR LE MIR · texte numérisé non relu

OPINION DU PAYSAN SOR LE MIR

au contraire les paysans laborieux et aisés? Dans l'enquête agricole et ailleurs se rencontrent, sur ce point, les affirmations les plus opposées. On représente aujourd'hui les paysans, comme divisés en deux classes, d'ordinaire sans intermédiaire, les riches et les pauvres. Vers quelle pente inclinent les uns et les autres? L'opinion la plus fréquente considère les premiers, ceux mêmes qui se sont enrichis avec le régime actuel, comme en étant généralement les adversaires; les seconds, au contraire, ceux qui n'y ont trouvé que la misère, comme en étant les plus chauds défenseurs. Les plus aisés, étant les plus industrieux ou les plus travailleurs, seraient pour le mode de propriété qui leur assurerait le mieux le fruit de leur travail ; lot plus imprévoyants ou les plus paresseux, pour celui qui leur garantit l'existence la plus facile.

A prendre les enquêtes agricoles, il s'en faut ce[)endant que partisans et adversaires de la commune soient partout distribués de cette sorte. Tel déposant, un gouverneur de Koursk entre autres, nous dit bien que ce sont les plus aisés qui réclament la dissolution de la communauté, que parfois même ils adressent dans ce dessein des pétitions au gouvernement; mais, dans la même enquête, de nombreux propriétaires nous viennent répéter que quelques riches paysans sont seuls à profiter de la communauté, que ces oligarques de village, tenant tout le mir sous leur dépendance, usent de leur autorité pour maintenir le régime qui leur permet d'exploiter leurs associés. Un déposant, M. Jéréméief, va môme jusqu'à dire que, grâce à la tyrannie de ces mangeurs de la commune^ de ces miroiédy, un pouvoir, placé au-dessus de la communauté, en peut seul prononcer l'abrogation. Pour faciliter la dissolution du 7)uV, une commission de la noblesse de Saint-Pétersbourg proposait naguère d'en exclure les mauvais sujets et les contribuables en retard. Au projet pétersbourgeois un écrivain moscovite répondait que les vauriens, les paresseux, les ivrognes, étaient précisément les plus enclins

au partage définitif, les plus désireux d'avoir en propriété un lot qu'ils pussent vendre et boire à volonté*!

Lorsque les Russes, qui connaissent le mieux le moujik, nous donnent des renseignements aussi contradictoires, un étranger aurait de la peine à choisir entre des avis si opposés et ne saurait sans témérité en tirer une conclusion. De telles divergences ne peuvent s'expliquer que d'une manière : ou le paysan se pose encore rarement cette grosse question que d'autres débattent en son nom, ou il n'a pas encore à ce sujet d'opinion arrêtée. En attendant, la plupart conservent les anciennes coutumes et les usages de leurs pères. Les faits n'en montrent pas moins que le moujik commence à s'interroger à ce sujet, et que sa réponse n'est pas toujours favorable au mir. Il ne faut pas non plus oublier que, sans passer à la propriété individuelle, un assez grand nombre de communes n'ont pas recouru aux partages depuis l'émancipation. Dans ces villages, le passage d'un mode de propriété à l'autre pourirait parfois s'effectuer sans brusque révolution, d'une manière presque insensible.

Un point est certain, c'est que, tout en maintenant d'ordinaire, là où elle existe, la propriété collective, les paysans russes n'ont pas, pour le régime opposé, pour la propriété individuelle et héréditaire, l'espèce de répugnance instinctive ou d'aversion raisonnée que leur a longtemps attribuée l'imagination de Herzen et des socialistes russes. Ils ne semblent nullement, comme le voudraient certains de leurs panégyristes civilisés, voir dans la communauté la seule forme naturelle et légitime de l'occupation du sol. dans la propriété personnelle une monstrueuse et inique usurpation. Les plus aisés aiment à acquérir un champ A eux. Chez le moujik, ce goiH de tous les paysans du monde pour la terre n'est contre-balancé que par le goût national pour le négoce. Tous les inconvénients qui dans l'avenir

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