‹ L'Empire des Tsars et le RussesChapitre 262 sur 283 · RAISONS DU MAINTIEN DE LA COMMUNAUTÉ · texte numérisé non relu

RAISONS DU MAINTIEN DE LA COMMUNAUTÉ

l'indice d'un revirement d'opinion en faveur de la propriété personnelle. D'après un propriétaire du gouvernement de Pskof, une des principales raisons qui amènent à un partage définitif, c'est, après le désir d'échapper à la responsabilité solidaire, l'augmentation de la population qui, en restreignant la part de chacun à chaque nouveau partage, fait tomber les lots au-dessous des allocations fixées par l'acte d'émancipation et déjà elles-mêmes parfois insuffisantes. Or, il y a là, pour les communautés de villages, un danger que le temps peut aggraver jusqu'à le rendre mortel, à moins qu'au partage périoditiue on ne sache substituer un autre mode d'exploitation.

Les exemples de dissolution de la communauté suffiraient, en toute circonstance, à montrer que la loi actuelle est loin d'opposer, à la division du fonds communal, une barrière insurmontable. Les partages définitifs, fort rares durant les premières années, le sont devenus beaucoup moins durant les dernières. Le paysan s'est mis à user plus souvent d'un droit de dissolution dont, dans les premiers temps, il ignorait souvent l'existence*. Avec la législation en vigueur, le sort du régime collectif est entre les mains des intéressés; le jour où le mir aura contre lui une sérieuse majorité, il tombera devant un simple vote. Un large mouvement d'opinion parmi les moujiks, et c'en est assez pour que la Russie, si riche en terres communes, eu soit plus dépourvue que notre France.

Ce moment n'est pas encore arrivé. Outre la coutume etia tradition qui, sur les moujiks, gardent un grand empire, plusieurs raisons et plusieurs préjugés militent contre un

a repris l'ancienne coutume. Ailleurs on ne renonce & la communauté qu'en apparence, pour échap|)er à la solidarité fiscale.

1. Dans les neuf ou dix années qui ont suivi l'émancipation, on ne eom{>tait poul-t^tie pas cent communes ayant at>andonné la tenure collective; depuis, au contraire, d'après les Materialy, publiés en 1880 par le ministère des domaines, on a vu, dans trois districts du seul gouvernement de Toula, cent quarante communes renoncer à la communauté, et des faits analogues sa sont produits en d'autres provinces, dans celle do Tver, par exemple.

partage définitif. C'est d'abord l'agglomération des demeures, chacun appréhendant d'avoir à jamais un lot trop éloigné du village où tous habitent. C'est aussi la crainte de tomber sur un mauvais lot, sans avoir comme aujourd'hui la chance d'être dédommagé par le sort à un prochain tirage. Dans le gouvernement de Tver, par exemple, l'enquête agricole cite une commune ayant passé à la propriété individuelle, où beaucoup de paysans se plaignent de la part qui leur est échue. Un autre motif de répulsion pour la propriété personnelle est tiré des mœurs communistes du mir. Dans le partage définitif, les paysans redoutent l'inégale multiplication des familles, qui, en une eu deux générations, rendrait naturellement les lots inégaux. Enfin, là où les taxes sont supérieures au revenu, les paysans craignent, en renonçant à la communauté, de rester chargés d'un lot trop grand et d'impôts trop lourds; là, ce qu'ils redoutent, ce n'est pas l'inégalité dans la propriété, résultant de l'inégal accroissement des familles, c'est au contraire un excédent de terre et d'impôts, à la suite de morts ou de maladies dans la maison '. En somme, la plupart des moujiks sont encore attachés à l'ancien mode de jouissance, tout en reconnaissant souvent les inconvénients des partages périodiques. Parmi les propriétaires interrogés par la commission d'enquête, plusieurs déclarent qu'ils ont en vain tenté d'amener leurs paysans à un partage définitif; j'ai moi-même entendu des hommes, fort opposés au régime actuel, faire le môme aveu.

11 est, du reste, difficile de connaître avec précision l'opinion des paysans sur ce sujet qui les touche de si près. Quels sont dans le niir les partisans de la communauté ? Sont-cc les paresseux, les ivrognes, les imprévoyants, ou

1. • Si mauvais que «oient les partages, répondait un ancien de village aux qucstiuiiH de la commiNHiun d'cnquèle, ce serait bien pis s'il n'y en avait paN du tout. Celui dont la faniille diminuerait no pourrait plus cultiver les terres et payer les taxes. «

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