‹ L'Empire des Tsars et le RussesChapitre 267 sur 283 · FONCTION DE LA PROPRIÉTÉ PERSONNELLE · texte numérisé non relu

FONCTION DE LA PROPRIÉTÉ PERSONNELLE

fice, pour les campa<?nes et pour la culture, dans celle révolution qui diminue les biens de la noblesse, alors surtout que les achats du moujik, non contents de s'ottaquer aux immenses estâtes de quelques opulentes familles, entament chaque jour la moyenne et la pelile propriété.

Ce qui soulîre de cette sorte d'élimination graduelle do la noblesse, en certaines régions de la Grande-Russie, co n'est pas uniquement la civilisation générale, la culture intellectuelle, littéraire ou scientifitiue, la culture européenne, dont, avec tous ses défauts ou toute sa frivolité, l'ancien poméchlchifc était dans les campagnes le seul représentant; ce qui souffre, ce qui parfois peut être mis en péril, c'est la culture matérielle elle-même, la culture du sol ; c'est la production, c'est la terre qui risque de tomber entre des mains trop pauvres, trop routinières ou trop ignorantes pour en tirer ce qu'elle devrait rendre.

De telles appréhensions ont beau paraître aujourd'hui exagérées ou prématuréee, elles ne semblent point partout dénuées de fondement. Dans l'état actuel de développement du peuple russe, si la propriété privée devait demain disparaître devant les communautés de village, si les nouvelles acquisitions du moujik devaient se fondre dans les terres du mir, la Russie, je le crains, naurail guère à se féliciter d'avoir laissé tomber tout l'intérieur de l'empire au pouvoir de petites démocraties rustiques, illettrées et superstitieuses.

Pour un observateur impartial, il est douteux que l'État ait intérêt à voir prochainement passer toutes les terres arables aux mains des communes et des paysans, soit sous la tenure collective, soit sous la tenure individuelle. Dans la Russie contemporaine, où les masses rurales, émancipées d'hier, sont encore si peu développées et si mal éduquées, la grande et la moyenne propriété ont, plus que partout ailleurs, leur rôle économique, leur fonction sociale. C'est par elles, c'est par la propriété privée, et par le pomêchtchik de préférence au paysan que l'agriculture, encore si at-

tardée, doit entrer dans la carrière du progrès. Si trop de domaines seigneuriaux ne sont guère mieux cultivés que les champs du moujiii, c'est parmi eux que se rencontrent les exploitations les mieux conduites et les plus rationnelles. D'ici à de longues années, tant que le niveau intellectuel des masses rurales ne sera pas relevé, on ne saurait compter, pour perfectionner l'agriculture, sur le moujik et sur les communautés de village. Si tout le sol russe appartenait à ces dernières, si même il était tout entier en la possession du moujik, sous l'une ou l'autre forme de tenure, l'État se verrait obligé, pour ne pas abandonner la production nationale à une sorte de stagnation, de prendre lui-môme en main la direction de l'agriculture, de confier la tutelle des communautés agraires à une administration spéciale, obligé en un mot de recourir au douteux et dispendieux auxiliaire de la bureaucratie.

En face des communautés de village, d'ordinaire dépourvues de capital, d'instruction et d'initiative, la propriété individuelle, qu'elle reste ou non aux mains de l'ancienne noblesse, garde ainsi, dans l'État, un rôle dont on ne saurait contester l'utilité; c'est à elle de donner l'exemple, de donner l'impulsion, de répandre et d'acclimater les nouvelles méthodes et les saines pratiques agricoles. Or, celte mission d'enseignement et d'initiative, le marchand enrichi des villes, ou le paysan aisé des campagnes, sont rarement aujourd'hui à même de la remplir. C'est encore parmi les anciens propriétaires que se rencontrent les hommes qui y sont le mieux préparés.

Les Russes aiment à agiter les questions sociales; ils se plaisent, non sans raison, à calculer la distribution de la propriété entre les diverses classes : ils soni, d'ordinaire, avant tout préoccupés de voir le plus grand nombre possible des habitants du sol national avoir sa part de la terre. C'est là un noble souci; mais, pour ne pas induire en erreur, il ne doit pas être exchisif. Cet épineux problème de la prupiiclc u deux faces duul l'une ne doit pas faire oublier

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