‹ L'Empire des Tsars et le RussesChapitre 38 sur 283 · TATARS DE RUSSIE ET MAURES D'ESPAGNE. 7Q · texte numérisé non relu

TATARS DE RUSSIE ET MAURES D'ESPAGNE. 7Q

Russie comme en Espagne, les motifs de séparation entre les vainqueurs et les vaincus restaient les mêmes au temps (le la domination de la croix qu'au temps de sa sujétion; ils se résumaient dans la roli^Mon, qui entre les deux races mettait une barrière difficile à franchir : de l'une à l'autre, avant comme après la libération du sol national, il n'y avait qu'un chemin, l'apostasie. Si la prédication et l'intérêt ont fait des conversions parmi les musulmans de Russie, parmi les Mourzas ou chefs tatars surtout, il s'en est dû faire bien davantage parmi les musulmans d'Espagne, soumis i)endant de longues années au prosélytisme le moins scrupuleux, jusqu'au jour où ils n'ont pu conserver leur foi (ju'au prix de leurs biens et de leur patrie En Russie, jamais pareil choix n"a été imposé aux mahométans. Pour diminuer dans leurs Élats la puissance de l'élément tatar, les tsars n'ont point eu besoin de recourir i de telles barbaries. Ce qui s'est fait violemment en Espagne, à son éternel dommage, s'est fait lentement, graduellement pour la Russie. Elle n'a guère eu qu'à laisser opérer la nature.

A côté du phénomène d'absorption, d'assimilation des éléments finnois, il y a eu chez elle pendant des siècles un phénomène inverse de sécrétion, d'élimination des éléments talars et musulmans qu'elle ne pouvait assimiler. Depuis leur soumission, un grand nombre de Talars ont quitté la Russie, ne voulant pas être les sujets des infidèles dont ils avaient été les maîtres. Devant le progrès des armes chrétiennes, ils se sont repliés spontanément sur les terres où dominait encore la loi du prophète. Après la destruction des khanats de Kazun et d'Astrakan, ils tendent à se concentrer dans la Crimée et les steppes voisines, dans ce que le di.x-l.uitième siècle appelait encore la Petite-Tartarie. Après la conquête de la Crimée par Catherine 11, ils ont repris leur exode vers l'empire de leurs Irères osmanlis, vers la Turquie et la Circassie, et de nos jours même après la guerre de Sébastopol et la soumission du Cau-

case, rémigratîon des Tatars et des Nogaïs a repris sur une immense échelle, en même temps que celle des Tclierkesses. Dans la Crimée, on peut calculer que, depuis la conquête de Catherine II, la population talare, diminuée déjà de plus de moitié du temps de la tsarine, a été encore de nos jours réduite de plus des deux tiers, en sorte qu'elle ne forme pas le cinquième de ce qu'elle était lors de l'annexion à la Russie. De 1860 à 1863, près de 200 000 Tatars ont quitté le gouvernement da Tauride, abandonnant 784 apuls ou villages, dont les trois quarts sont demeurés déserts comme les despublados laissés par l'expulsion des Maures sur les cartes d'Espagne. Depuis l'introduction du service militaire obligatoire, en 1874, cette sorte d'exode a recommencé. Par la défaite et l'exil volontaire, en dehors même de toute absorption et de tout mélange, les Tatars ont été ainsi réduits à ne plus former que des groupes minimes, que des îlots inoflensifs dans les pays où ils avaient régné des siècles, dans ceux même, comme la Crimée, dont ils étaient, il n'y a guère que cent ans, les seuls habitants.

Des exemples récents nous montrent la diminution naturelle et spontanée de l'élément talar et mahomélan en Russie; l'exemple voisin de la Turquie d'Europe, où, jusqu'à l'émancipation des principautés danubiennes, les Musulmans ne formaient que le tiers ou le quart de la population, nous fait voir que, au temps même de leur souveraineté, les Tatars ont pu, dans leur propre empire, être en minorité numérique. I.a marche suivie par ces envahisseurs et la position actuelle des groupes tatars le long des Ilcuves, dans des pays déjà occupés par les Finnois, donnent à penser qu'ils n'ont été on majorité qu'autour de leurs capitales du Volga et dans les contrées, connue la Crimée et les steppes du sud-esl, destinées par hi nature à la vie pastorale. Le chilTrc des armées des kiians, au temps de leur puissance, ne doit pas faire illusion sur le nombre de leurs sujets. Dans ces armées la lares, tout homme valide accourait au

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