‹ L'Empire des Tsars et le RussesChapitre 40 sur 283 · RUSSES ET ANCIENS NOMADES UE LA STEPPE · texte numérisé non relu

RUSSES ET ANCIENS NOMADES UE LA STEPPE

ces apostasies, alors môme qu'elles se faisaient en troupe, ont toujours été relaiivement rares. Elles avaient lieu parmi des populations en partie déjà mêlées à leurs nouveaux maîtres chrétiens ou à leurs anciens sujets finnois. En dehors de la Russie et dans leur berceau môme, les Talars devaient avoir subi un certain croisement avec les races caucasiques, dans le Turkestan d'abord, où de temps immémorial ont habité de nombreux Iraniens, tels que les Tadjiks et les Sarles, puis sur les routes d'invasion, dans le Caucase notamment, où la communauté de religion facilitait des alliances que la beauté des Circassiennes dut faire rechercher des Turcs du Vol^'a comme des Turcs du Bosphore.

Si dans les veines du peuple russe s'est infiltré peu à peu un notable courant de sanj,' talar, il tlécoule peut-élre moins des hordes de Balou et des envahisseurs du treizième siècle que des peuples congénères qui, pendant des milliers d'années, ont habité ou parcouru le midi de la Russie, depuis les Scythes de l'antiquité jusqu'aux Khazars, aux Petchénègues, aux Koumans ou Polovtzi du moyen âge. Sous le vague nom de Scythes, les anciens ont, comme ils le faisaient souvent, confondu des populations qui n'avaient entre elles aucune parenté ethnique. Il semble qu'il y ait eu parmi ces Scythes des tribus dryennes : mais la plupart paraissent d'origine tinno-turque. La chose est encore plus certaine pour les Khazars, les Koumans et les autres nomades, qui jusqu'à la grande invasion mongole se disputèrent le sud de la Russie. Longtemps ces peuples évanouis furent les seuls occupants de ces inmienses contrées, dont les Grecs et les Italiens ne connaissaient que les côtes. En faut-il conclure qu'ils soient les ancêtres de la mince population de ces plaines encore à demi déserles? Le territoire de tous ces barbares, des Scythes d'Hérodote aux Tatars de Rubruquis, était la zone déboisée, la zone des steppes, où la population est encore ou très disséminée, ou très récente. Pour livrer ces plaines a

la culture, il a d'abord fallu en chasser les nomades. Les Scythes et tous leurs congénères finno-turcs étaient des peuples pasteurs qui, avec leurs chariots et leurs troupeaux, menaient dans les steppes, en deçà du Yolga et du Don, la vie que leurs frères kirghiz mènent encore au delà. Tous ces peuples, si redoutés de l'Occident et si vite disparus de l'histoire, étaient aussi peu nombreux que les tribus d'Asie de môme race, qui conservent aujourd'hui le même genre d'existence. Une famine, une épidémie, une bataille suffisait pour les anéantir. Ils se détruisaient les uns les autres sans presque laisser d'autres vestiges que leur nom. C'est dans la moitié méridionale de la Russie qu'il faut chercher les traces de l'élément scythe ou tatar, et c'est de l'Ouest et du Nord, c'est des régions boisées que sont sortis peu à peu, et pour ainsi dire sous nos yeux, les habitants actuels de la Russie méridionale.

Grande a été l'influence des Tatars, mais plutôt historique qu'ethnologique; elle a tenu à la conquête plutôt qu'à la fusion des races. Pour repousser un préjugé vulgaire, il ne faut pas cependant se jeter dans l'excès opposé : la part des Tatars dans la formation du peuple russe a été minime; elle n'a pas été nulle. Sur plus d'un point, il y a eu mélange entre les tribus turques et les tribus slaves d'où sont sortis les Russes, — sur les bords du Dniepr, lorsque les princes de Kief recueillaient les débris des Polovlzi ou des Petchénègucs, — sur le même fleuve, sur le Don, sur le Volga, i)armi les Cosaques qui, en paix comme en guerre, furent souvent en étroites relations avec leurs voisins cl ennemis musulmans. Quoi qu'il en soil, rinflucnce ethnique des Talars, dans les régions mêmes du Sud, est demeurée inférieure à celle des Finnois dans les régions du Nord, d'autant plus que les Tatars euxmêmes ont souvent été croisés de Finnois.

Les Turcs de Russie ont subi tant d'alliages que, au point de vue physique, il est impossible de les réunir sous un

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