‹ L'Empire des Tsars et le RussesChapitre 46 sur 283 · CARACTÈRE ET APTITUDES DES SLAVES · texte numérisé non relu

CARACTÈRE ET APTITUDES DES SLAVES

l'Occident et l'oppression étran;,^ère ont rendu l'élude impossible et empoché tout nom propre de se produire, le peuple a manifesté son génie dans des chants qui n'ont rien à envier an\ jjIus belles poésies de l'Occident. Pour celle lilléralure populaire, impersonnelle, que nous admirons dans les romanceros espagnols, dans les ballades de l'Ecosse ou les chansons de France, le Slave, loin de le céder aux Latins ou aux Germains, l'emporte i)eut-étre sur les uns et les autres. Rien de plus vraiment poéti(|ue que les pesmés serbes et les doumi de la Petite-Russie, car, par une naturelle compensation, c'est chez les Slaves les moins iiiiliés à la cullure occidentale <|ue la i>oésie populaire a eu la plus libre floraison.

On'a|)p()rleront ces nouveaux venus A notre cullure européenne? A la poésie, au roman, ils ont déjà donné des notes nouvelles; que fourniront-ils in nos recherches scientifuiues, A nos conceptions philosophicpics, religieuses ou poliliciues? C'est li\, pour notre civilisation, une grosse question. Peut-être les Slaves sont-ils venus trop tard pour se faire un Panthéon ou un Walhalla aussi glorieusement rempli (pie ceux des Latins et des Germains. Peut-^tre, dans la littérature et dans l'art, l'dge hérouiue, Idge du sublime est-il passé; peut-être, dans les sciences mômrs, les grandes lois aisément accessibles à l'esprit humain sont-elles découvertes, et sommes-nous réduits, |M>ur longtemps, aux applications ou aux inventions de détail. Les Slaves, les Russes en particulier, n'ont pas moins d'ambition intellectuelle (pied'ambilion matérielle. Avec la témérité de l'aJolescent qui, avant d'avoir appris toutes les leçons de ses maîtres, rêve déjà de les devancer; ils montrent, vis-ù-vis des vieux peuples de l'Occident, un dédain que nous devons pardonnera la présomption de leur jeunesse, lisse flattent de résoudre les problèmes qui s'agi-

Ic plus fait, ilejiuis Cyprien UoLerl, pour ncus apprendre à connaître des peuples, que leur lutte contre le germanisme rtn I aujourd'hui si intiressants pour la France.

tent stérilement chez nous, ils croient avoir le secret de la régénération sociale et politique de l'Europe et du monde chrétien. L'avenir en décidera. En attendant qu'ils élargissent et renouvellent noire civilisation, ils se l'approprient et rétendent territorialement: après n'avoir eu longtemps d'autre rôle que d'en garder les frontières, ils les reportent en avant. De l'arrière-garde de l'Europe, ils sont devenus son avant-garde dans la conquête de l'Orient et de l'Asie.

Par le tempérament et le caractère, les Slaves présentent un ensemhle de défauts et de qualités qui les place plus près des Latins et des Celtes que de leurs voisins, les Allemands. Au lieu du flegme germanique, ils montrent souvent, jusque sous le ciel du Nord, une vivacité, une chaleur, parfois une mobilité, une pétulance, une exubérance, qui ne se retrouvent point toujours au même degré chez les peuples du Midi. Chez les Slaves du sang le moins mêlé celte disposition a produit dans la vie politique un esprit remuant, inconstant, anarchique, un esprit d'incohérence, de division, de morcellement, qui a rendu difficile leur existence nationale, et qui, avec leur situation géographique, a été le grand obstacle au progrès de leur civilisation. La faculté qui dislingue le plus généralement toute la race, indépendamment des divers croisements de ses différents peuples, c'est une flexibilité, une élasticité de tempérament et de caractère, des organes et de l'intelligence, qui la rend propre à recevoir et à reproduire toutes les idées et toutes les formes. On a souvent parlé du don d'imitation des Slaves : ce don s'applicpie à tout, aux mots comme aux pensées ; il s'étend i\ tous les Ages, ù tous les sexes. Cette malléabilité slavonne, du Polonais comme du Russe, n'est peut-être au fond (ju'un des résultats de leur histoire cl, par suite, de leur position géographique. Derniers venus A la civilisation et longtemps inférieurs aux races voisines, ils ont toujours été i\ l'école d'autrui. Au lieu de vivre (l'invenlion, ils ont vécu (roiu|)runl, et l'esprit

Page 1