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LES TROIS TRIBUS RUSSES

sorte de con^lonniral polilique ou de marquelerie de peuples. Ce n'est point à la Tuniuie ou à l'Autriche, c'est plutôt à la France qu'elle ressemble pour l'unité nationale. Si la Russie peut être comparée à une mosaïque, c'est à un de ces pavages antiques dont le fond est d'une seule substance et d'une seule teinte, dont le cadre seul est fait d'une bordure de différentes pièces et de diverses couleurs. La plupart des populations d'origine étrangère sont rejetées aux exlréuîités de la Russie et forment autour d'elle, surtout vers l'est et vers l'ouest, comme une ceinture d'une plus ou moins grande épaisseur. Tout le centre est rempli par une nationalité h la fois absorbante et expansive, au milieu de laquelle s'elîacent de maigres colonies allemandes ou de minces enclaves finnoises ou tatares, sans cohésion et sans lien national.

Dans l'intérieur de cette Russie, au lieu des dissemblances et des contrastes, ce qui frappe le voyageur, c'est l'uniformité des pqpulations et la monotonie de la vie. Cette uniformité, que la civilisation tend à répandre partout, se retrouve chez les Russes à un plus haut degré que chez aucun peuple de l'Europe. La langue a, d'un bout de l'empire h l'autre, moins de dialectes et de patois, moins de dégradations de teintes que, sur une bien plus petite surface, la plupart de nos langues occidentales. Les villes ont même figure, les paysans ni»!^mc air, mêmes habitudes, môme genre de vie. 11 n'est point de pays oii les gens se ressemblent davantage; il n'en est point d'aussi dépourvu de celte complexité provinciale, de ces oppositions de type et de caractère qu'olTrent encore l'Ilalie et l'Kspagne, l'Almagne et la France. La nation s'y est faite à l'image de la nalure, elle montre la môme unité, presque la môme monotonie que les plaines qu'elle habite.

Dans la nation, comme dans le sol russe, il y a cependant deux types principaux, presque deux peuples, parlant deux dialectes différents et nettement séparés dans leur ressemblance môme : ce sont les Grands-Russiens et les Petits-

Russicns. Par leurs qualités comme par leurs défauts, ils représenlenl, en Russie, le contraslc éternel du Nord et du Sud. L'hisloire n'a pas moins fait pour les diversifier que la nature. Les premiers ont leur principal centre à Moscou, les seconds à Kief. Étendues l'une au nord-est, l'autre au sud-ouest, ces deux moitiés inégales de la nation russe ne correspondent pas exactement aux deux grandes zones l)l)ysiques de la Russie. La faute en est partie à la nature elle-même, en partie à l'histoire, qui a entravé le développement de l'une etprolégé celui de l'autre. Les steppes du sud, ouverts à toutes les invasions, ont longtemps arrêté l'expansion du Pelil-Russien ou Malo-Russe, qui, pendant des siècles, est resté cantonné dans les bassins du Dniepr, du Boug et du Dniestr, tandis que le Grand-Russe, s'élendant librement dans le nord et l'est, s'établissait dans l'immense bassin du Volga, et, maître de presque toute la région des forêts, des grands lacs à l'Oural, redescendait dans la Terre noire et dans les steppes, Jie long du Yolga et du Don.

Entre ces deux éléments principaux s'en trouve un troisième moins important auquel l'histoire, comme la nature, a fait un rôle plus ingrat : c'est le Biélo-Russe ou Blanc- Russien, habitant les gouvernements de Moghilef, Yitcbsk, Grodno, Minsk, région qui possède quelques-unes des ])lus belles forêts de la Russie, mais dont le sol coupé de marécages est en général maigre et insalubre. Plus voisins des Grands-Russicns par leur dialecte, les Hiélo-Russes ont été rapprochés davantage des Pelils-Russicns |)ar les vicissitudes de la politique; les deux tribus sont souvent réunies sous le non) de Russes occidentaux. De bonne heure suj<Htc do la Lithuanie, dont son dialecte était devenu la langue of(iciclle, la Russie-HIanche fut, conune la plus grando partie de la Petite-Russie, réunie à la Pologne, et, pendant des siècles, elle demeura, entre la répul)li(pie i)oIonaisc et les Isars de Moscou, l'enjeu d'une lutte dont elle saigne encore. Des trois tribus russes, c'est sans doute

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