‹ L'Empire des Tsars et le RussesChapitre 54 sur 283 · RUSSES KT ALLEMANDS · texte numérisé non relu

RUSSES KT ALLEMANDS

Il est naturel que le gouvernement russe, qui les poRf?èdc depuis deux siècles, cherche à dégermniiiser et à moderniser ses provinces baltiques, en dé|)il des chîirlcs ou privilèges accordés aux Livoniens par Pierre le Grand» lors de leur annexion à l'empire. Il est naturel que, pour diminuer la prépondérance allemande, PèlLTsbourg et Moscou appellent à leur aide l'ancien serf finnois ou lelton; mais partout une pareille entreprise exige singulièrement de prudence, de patience, de modération.

L'esprit et l'ascendant allemands sont trop profondément enracinés dans le sol pour s'en laisser aisément extirper, et l'on ne saurait s'attacher un pays «an- tenir compte de ses coutumes et traditions. En suivant toutes les inspirations des russificateurs ù outrance, le gouvernement de Pétersbourg, sous prétexte d'assimiler le pays baltique, courrait le risque de se l'aliéner, le ris(jue d'y créer un parti séparatiste, en irritant les classes dominantes et ces Allemands- Russes qui ont toujours été fidèles aux tsars et qui, de Barclay de Tolly à Totleben et d'Ostermann à Nesselrod, leur ont fourni plus d'un illustre général ou d'un ministre distingué. Sur la Duna, de même que sur la Yislule et le Dnieper, le meilleur moyen d'assurer la domination russe est encore de la rendre douce, de ne point violenter les traditions et les mœurs locales, autant du moins qu'elles sont compatibles avec l'esprit du siècle et le maintien de l'intégrité de l'empire*.

Les provinces balli(jues ne sont pas les seules oii lec Russes aient à surveiller le germanisme; en réalité, ce ne sont même peut-être pas celles où le niémets est pour eux le plus à redouter. Courlande, Livonie, Esthonie sont, de par la géographie, enchaînées au grand empire dont

1. Aucune question peut-être en Europe n'a donné lieu à une aussi grande nuiUitude d'écrits de toute sorte que cette question des provinces ttalliques, qu'il nous est impossible d'examiner ici en détail. Il y aurait de quoi composer tout une bibliothèque avec les livres et brochures en russe et surtout en allemand, suscités |iar rapparilton des Okrumi Ros^ii {Fi'ûiUièrcs de Ut Hussie) de George Saïuarine.

elles occupent le littoral, et auquel leurs ports servent de débouches. Séparées de la Russie, les trois provinces seraient pour ainsi dire coupées du continent, elles tomberaient dans une situation analogue à celle de la Dalmalic autrichienne avant que l'occupation de la Bosnie et de l'Herzégovine ne lui ait assuré un Hinlergrund. Les provinces baltiques ne sont même pas celles où l'on compte le plus d'Allemands.

Indépendamment de leurs colonies marchandes des villes et de leurs colonies agricoles des campagnes, également dispersées d'un bout de l'empire à l'autre, les Allemands se sont infiltrés peu à peu dans les provinces limitrophes de la Prusse et de l'Autriche, en Pologne, en Lithuanio, en Petite-Russie'. Sur beaucoup de points, ils s'y emparaient lentement du sol et des capitaux, malgré la concurrence des juifs indigènes qui, en certaine occurrence, pourraient du reste, comme dans laPoznanie, leur servir d'auxiliaires et faciliter la germanisation*. Dans le royaume de Pologne en particulier, les Allemands sont déjà proportionnellement plus nombreux que dans les provinces baltiques regardées comme leur principal centre.

La question polonaise, tant de fois tranchée en sens divers depuis un siècle, se complique en réalité d'une question allemande. Cela est, en partie, la faute de la politique russe qui, dans sa peur du polonisme, a favorisé le germanisme, permollanl, jusqu'en 1884, l'acquisition du sol à l'Allemand, là où elle l'interdisait au Polonais et au juif. «Je crains moins les Allemands que les Polonais », écrivait N. Miluline au lendemain de l'insurrection de 1863'. Milu-

1. I,o« nlnlixtiiiiir» sur le moiivtMiiciil des voyiij^ciirs ;nix lionlicres monlro qu'il onlrc chaque nniu'c en Ilussio 30, 40, parfois 50 000 Alloiiiands de plus qu'il n'en norl, Ban» coniplcr 30 ou 'tOOGO Aulrlcliiuns, on purlie nlleninnds.

2. Pour cmpi^clicr la propiiiH»' rurale de passer nux nuiins des Allemands, l'empereur Alexondrc III a recouru i\ un proctSiè radical. Un oukaze a, on lR8'é, enlevé nux élranKi-r», diinn les provinces occidentales, le droit d'acquérir dcH terre», «oit |mr achat, «oit m(^me par he^ritago.

3. Lettre inédite de N. Milutiiio à Tclierkaxsky, 8/20 février 186.Ï.

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