‹ L'Empire des Tsars et le RussesChapitre 55 sur 283 · RUSSES ET POLONAIS · texte numérisé non relu

RUSSES ET POLONAIS

Une ne parlerait sans doule plus ainsi aujourd'hui. Les patriotes les plus clairvoyants reconnaissent que la Russie ne saurait résoudre cette vivace question polonaise à la fois contre les Polonais et contre les Allemands, pas plus que les Polonais ne sauraient se flatter de la voir trancher en môme tcm[)s contre les Allemands et conlre les Russes. Le Russe qui prétend poursuivre la dénationalisation des provinces de la Vislulo, de môme que le Polonais qui se refuse îï tout accord avec la Russie, s'e.xposent également à travailler pour les Prussiens qui n'ont pas oublié que la Prusse, avant la Russie, a régné à Varsovie.

Il y a bien des Russes qui, pour mettre fin à celle éternelle question polonaise, abandonneraient volontiers à l'Allemagne toute la Pologne proprement dite*, ou au moins la moitié du royaume à l'ouest de la Yislule, sauf à chercher une conpensalion du côté de l'Autriche ou de la Turquie. Une telle combinaison serait sans doule le finis Poloniic; mais, si naguère encore elle était souvent préconisée, elle compterait aujourd'hui peu de partisans.

Outre une naturelle répugnance à sacrifier au germanisme une vieille terre slave, outre la diKiculté de tracer une frontière aux porics de.Yarsovie ou d'abandonner cette capitale ù la Prusse, les Russes comprennent qu'en laissant les Allemands s'établir au cœur de la Pologne, ils leur donneraient fatalement la tentation de l'absorber peu à peu tout entière. Varsovie ne serait pour les Prussiens qu'une élape;une foisinstalléssurla Vistule.ils pourraient étendre leurs convoitises au reste du royaume et jusqu'à la Li- Ihuauio, la Courlande, la Livonie; ils pourraient, seuls ou

1. Le royaume de Pologne ou Pologne du congrès a, on le sait, été formé ilos pallies de l'ancien grand-duché de Varsovie, attribuées au tsar Alexandre l'% en 1815, et dotées par ce prince d'une constitution. Aux yeux des lliisses, ce royaume du congrès constitue seul toute la Pologne russe; ils s'apiiuienl sur l'histoire et sur l'ethnographie pour refuser le nom de Polonaises aux pi ovinces annexées par Catheiinc 11, lors des trois partages du dix-huilièuie siècle.

de concert avec l'Autriclie, dévorer toute l'ancienne Pologne, province à province et pour ainsi dire feuille à feuille.

Les Polonais ne doivent pas moins que les Busses redouter toute cession aux héritiers de Frédéric II. Le malheur de la Pologne est qu'avec toutes leurs brillantes qualités, avec leur noble esprit chevaleresque et leur généreux patriotisme, les Polonais ont, après comme avant les partages du dix-huitième siècle, montré peu d'espritpolitique. Acetégiird cependant leurs longuesinfortunes ne paraissent pas avoir été entièrement perdues pour eux; ils sont devenus plus pratiques, plus positifs; ils sont moins enclins aux grands rêves et aux chimères d'autrefois. Beaucoup comprennent que, pour leur nationalité, la domination russe est infiniment moins à craindre que la domination allemande, et que Varsovie ne saurait se leurrer d'échapper entièrement à l'une et à l'autre. La réunion de la Pologne russe à la Galicie autrichienne, suivant le songe de certains patriotes, n'est qu'une utopie dont la géographie suf- Urait à empêcher la réalisation. L'érection du « royaume du congrès « en état vassal ou confédéré de l'Allemagne, selon un projet, parfois mis en avant chez nos voisins, n'est qu'un décevant mirage derrière lequel se dissimule l'absorption germanique. Un cinquième ou sixième partage serait ce qui pourrait arriver de plus triste à la Pologne, et les patriotes doivent regretter qu'en 1815 la France ait fait repousser les propositions d'Alexandre I, et livré la Posnanie à la Prusse et à la germanisation.

Quand on regarde ce que l'histoire a fait de la Silésic, de la Posnanie, de la vieille Prusse, on peut dire que la domination russe est pour la Pologne de la Vistule, pour Varsovie et la Mazo\ie, la meilleure et peut-élre la seule garanlic contre la germanisation. Les Polonais, qui se déclarent irréconciliables avec la Bussic, me seujblent conini(;tlre une sorte (h; suicide national.

On le sent de plus en plus aux bords de la Vistule, cl lintércl de l'avenir fait passer par-dessus les rancunes du

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