‹ L'Empire des Tsars et le RussesChapitre 57 sur 283 · NATIONALITÉS PLÉBÉIENNES ET RIVALITÉS DE CLASSES · texte numérisé non relu

NATIONALITÉS PLÉBÉIENNES ET RIVALITÉS DE CLASSES

vinces balUques, les rivalités nationales se compliquent en ellel de luttes de classes. Les nationalités et parfois les religions y sont en quelque sorte superposées. Tandis que les classes supérieures, que la noblesse et les propriétaires sont allemands ou polonais, de race ou de tradition, la niasse du peuple est lithuanienne, bélo-russe, malo-russe, sans compter que les juifs, généralement adonnés au trafic, forjnent à la fois une classe et une nationalité de plus. Un devine les diflicullés d'une pareille situation et les tentations qu'elle peut suggérer au pouvoir.

Pour faire échec aux nationalités historiques, patriciennes ou bourgeoises, encore dominantes parla fortune et l'éducation, le gouvernement russe a été conduit à chercher un appui au fond des petites nationalités rurales et [)our ainsi dire plébéiennes', naguère encore inconnues do l'étranger et presque inconscientes d'elles-mômcs. Au Suédois de Finlande, à lAllemand de Livonie ou de Courlande, au Polonais de Lithuanie ou de l'Ukraine, il a opposé le l-'innois, l'Esilie, le Lette, le Samogiîien, le Blanc- Russien, le Malo Russe, se servant ainsi à. sa manière do l'ethnologie et du principe de nationalité, les retournant contre ses adversaires, rallumant le sentiment national chez des populations où il était parfois éteint depuis des siècles, sauf à rélouffer un jour s'il devenait trop exigeant. C'est là une des raisons de la politique « paysanne», de la politique démocratique, d'autres ont dit socialiste, adoptée plus d'une fois par les tsars dans les provinces sujettes, spécialemeiit dans l'ancienne Pologne. La Russie avait sur ses frontières de l'ouest, deux ou trois Irlande qu'elle était d'autant plus tentée de mettre au régime des lois agraires que, par leurs traditions ou leur origine, les propriétaires fonciers lui élaieut plus suspects. Ce qu'elle a fait sous Alexandre 11 en Lithuanie, en Podolie, en Pologne môme,

1. L'expressiou csl, "si je uo uic Uotupo, «Je M. Diagoniaaof : liluritch. Poklui. etc.

certains palriolcs voudraient le lui voir renouveler, dans les provinces baltiques, aux dépens des barons allemands, au profit des paysans lelles et esthonicns *.

A une époque où les conflits de nationalités et les jalousies de classes engendrent tant d'animosités, on comprend que de périls pour l'état social recèlerait une politique qui se plairait à envenimer, et à doubler l'une par l'autre, deux des plus graves causes d'antagonisme qui puissent séparer les habitants d'un même sol. Les difQcullés intérieures de la Russie et la situation géographique des provinces exposées à de telles divisions rendraient un pareil jeu plus dangereux pour Tempire. Loin d'avoir tout intérêt à fomenter les passions des différentes races soumises à sa domination, le gouvernement russe aurait avantage à les faire vivre en paix entre elles. Après s'être érigé en protecteur des petits et des humbles, en patron des majorités longtemps asservies, le tsar pourrait être obligé de défendre à leur tour contre elles, les minorités dominantes. Rien ne serait moins profitable pour la Russie que de voir renouveler, aux dépens des Allemands, les émeutes populaires contre les juifs, ou d'assisterà des jacqueries rurales contre les barons baltiques deLivonie ouïes «pans » polonais de Lithuanio et de Podolie. 11 importe à l'empire de ne pas laisser les rivalités de race, dégénérant en luttes de classes, fournir une prise à l'agitation révolutionnaire ou à l'ingérence de l'étranger. Le plus sûr pour un gouvernement, comme pour une dynastie, est de servir d'arbitre entre les diverses nationalités et les diverses classes sans les sacrifier les unes aux autres. Si pour la Russie, dans ses provinces fronli«'res d'Europe, de même (juc sur les confins do l'Asie, la Idchc est souvent difficile, celte difllcullé n'est que la rançon de sa grandeur.

1. Pour npprd'cior In comlnilo du gouvorncmont russo, il no faut pas perdre de vue que luul roinpiro n, lorH du ri^iiiaïu-ipiition, (H6 soutins h des lois agruircH [iIuh ou iiioinH nivurnlilc» aux niicii-ns himTs ; 1rs provinces I<uUi(|U(fS geuIeH y ont échappù parce que l'cMnancipalion y uvnit été rlTectuéc 8u!i8 AUxniidri! I", ilujirrH d'autres priin ipis. Voy. plus loin livio VI, cli. ti.

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