RESSEMBLANCE DU CLIMAT ET DU CARACTÈRE
natives de toute sorte, les changements d'humeur, d'idées, de sentiments y sont très marqués, les oscilialions de l'esprit ou du cœur y ont une grande amplitude, les diverses saisonsde la vie y dilTèrent souvent plus quepartout ailleurs. L'ûme russe passe aisément de la torpeur à l'activité, de la douceur à la colère, de la soumission à la révolte; en toute chose elle paraît portée aux extrêmes. Tour à tour résigné et irascihle, apathique et impétueux, jovial et morose, indill'érent et passionné, le Russe connaît, plus peut-être qu'aucun autre peuple, toutes les variations du froid et de la chaleur, du calme et de l'orage. Le Russe est sujet à s'éprendre, à s'engouer; il est sujet à des caprices emportés, à des élans ou des transports soudains pour une chose sérieuse ou futile, pour une opinion, pour un écrivain, pour un chanteur, pour une danseuse, pour une mode. Cette disposition est sensible dans la vie publique aussi bien que dans la vie privée, dans la vie nationale comme dans la vie individuelle, et cela d'autant plus qu'elle est indirectement favorisée par le régime politique qui, interdisant un jour ce qu'il tolère un autre, parait encourager la veille ce qu'il proscrit le lendemain.
L'individu, la société, le gouvernement semblent également enclins à penser, à vouloir, à agir par accès et par saccades, de façon qu'à des époques de fièvre, d'énergie et de confiance, où tout paraît possible, succèdent à de courts iutervulles des périodes d'acalmie, d'inertie, de langueur où l'on parait désespérer ou se désintéresser de tout. Ainsi s'expliquent beaucoup des contradictions et des alternatives lie la vie russe. Chez les mêmes personnes ou dans le même milieu, le doute et la conviction, l'indiUerence et l'enthousiasme s'entrecroisent et s'entresuivent de la façon la plus étrange, et l'on voit souvent l'initiative dans les idées accompagner la routine dans les actes.
Ainsi fait, le Russe cède quelquefois à des engouements, à des entraînements dont il est le premier à s'étonner. L.i guerre d'Orient de 1877-1873 en est un frappant exemple.
Grâce au manque de liberté et au manque d'intérêt de la vie politique intérieure, grâce aux excitations d'une presse heureuse de pouvoir impunément s'échauffer pour quelque chose, grâce enfin au vague besoin d'émotions d'un public, las du vide de l'existence quotidienne et mis en appétit par un régime de diète et de jeûne, une société sceptique et railleuse, la veille encore presque indifférente aux souffrances des Slaves du Balkan, s'éprit en quelques mois d'un ardent et irrésistible enthousiasme pour les Serbes et les Bulgares. Malgré les répugnances du souverain et des ministres, malgré la moqueuse incrédulité des salons de Pélcrsbourg, la Russie, remuée du haut en bas, partit peu à peu en croisade pour une grande guerre nationale à laquelle personne n'eût cru deux ou trois ans plus tôt, pour une guerre qui, en dépit des suspicions de l'Occident, fut bien moins décidée par des calculs politiques que par un besoin de mouvement et de sympathie, par une soudaine explosion de sentiments longtemps comprimés et pressés de se faire jour.
Cette mobilité, cette impressionnabilité si souvent signalées chez les Slaves, chez les Russes et les Polonais surtout, ce manque de mesure, ce manque d'équilibre, tant de fois déplorés chez leurs compatriotes par les écrivains russes eux-mêmes, ont trop de rapport avec un climat toujours excessif pour ne pas s'en ressentir et en découler, au moins en partie. Les oppositions successives des aspects de la nature semblent avoir laissé leur empreinte sur l'homme. Aussi ne saurait-on s'étonner si le Russe ollre tant do contrastes, si en parlant de lui, l'on est toujours exposé à se contredire.
Clie/ h; (îrand-Husse du reste, cette variabilité est d'ordinaire atténuée par l'esprit pratique, et, chez un peuple jeune aussi bien que chez un enfant, elle se peut corriger par l'éducation, par l'Age cl l'expérience. A y bien regarder, ce défaut n'est peut-être après tout que l'envers d'une qualité, elle aussi attribuable au climat non moins qu'au