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LE CARACTÈRE RUSSE EN LE MOUVEMENT FÉMININ

cultes. Si l'on a pu reprocher parfois aux hommes quelque chose de féminin, c'esl-ù-dire de mobile, de flexible, de ductile ou d'impressionnable à l'excès, les femmes, en compensation, ont dans le caractère et dans l'esprit quelque chose de fort, dénergique, de viril en un mol, qui, loin de rien enlever à leur grâce et à leur charme, leur vaut souvent un singulier et irrésistible ascendant.

La femme russe, qui par l'intelligence et le caractère so sent l'égale de l'homme, est portée à revendiqjier celte égalité, avec ses avantages et ses inconvénients : égalité devant l'enseignement et le travail, égalité de droits, égalité de devoirs. On a vu, et cela (juclquelois dans des familles aisées, des jeunes lilles ou des femmes mariées mettre leur amour-propre à se suffire à elles-mêmes, prétendre gagner leur vie sans le secours de leur mari ou de leur père. Femmes, et jeunes filles surtout, se sont précipitées sur toutes les carrières ouvertes à leur sexe, non sans réclamer instamment pour lui de nouveaux débouchés '. La passion pour l'instruction, pour la science même, a été l'une des conséquences de ce goût d'indépendance morale et matérielle. Les jeunes filles se sont pressées aux cours, aux gymnases, aux universités. Quelquesunes ont abordé les langues classiques; un plus grand nombre se sont vouées aux sciences naturelles et à la médecine *.

1. Je dois (lire que ce mouvement fémiDin a aussi des causes économiqucj dont il faut tenir compte : perlurbalion apportée dans maint budget domestique par l'émancipaliûii, diflicultés croissantes de la vie de Tamille avec le renchérissement de toutes clioses, difficulté pour les jeunes lilles d'une certaine classe de s'établir dans leur monde, particulièrement dans les villes, où le nombre des mariages a beaucoup diminué ; enfin certaines dispositions légales qui n'attribuent aux femmes, relativement aux hommes, qu'une part minime de l'héritage paternel.

2. Sous I inQuence de causes économiques ou morales analogues, le même . besoin d'imiépendance. le môme effort pour se suffire à soi-même se sont fait jour chez les jeunes filles d'origine juive. Parmi les étudiantes en médecine enregistrées en 1878, les juives comptaient pour 32 pour 100. Cette proportion toujours ascendante s'élevait à prés de 34 pour 100 en 1879, soit à plus du tiers du total. Ce chiffre s'explique par le fait que, grâce aux entraves

L'esprit révolutionnaire ne pouvait manquer de mettre à profit ces préttinlions et ces aspirations d'un sexe, toujours plus que l'autre disposé aux entraînements et aux engouements. Parmi ces femmes avides de savoir et de liberté, parmi ces jeunes filles esprits forts, quelquefois trop peu soucieuses des bienséances de leur sexe, associant une sorte d'idéalisme instinctif à un réalisme voulu et remplaçant par des rêveries humanitaires la religion de leur enfance, les grossières séductions du radicalisme nihiliste ont fait d'autant plus de victimes que beaucoup de ces coursisks ou étudiantes n'ont pu trouver moyen d'utiliser pratiquement leurs études et de vivre de leurs connaissances. Le mal a souvent été empiré par les remèdes inopportunément suggérés aux défiances du pouvoir qui, loin d'élargir le champ de l'activité féminine, lui a, dans quelques cas, à demi fermé les carrières dont il lui avait naguère ouvert l'accès *.

Dans les grandes villes s'est ainsi formé, si l'on peut appliquer ce mot à des jeunes filles, une sorte de prolétariat féminin, instruit, enthousiaste, plus laborieux et d'ordinaire non moins révolutionnaire que la jeunesse masculine des écoles. L'Occident, la Suisse surtout à Zurich, a vu naguère de nombreux spécimens de ces jeunes étudiantes qui s'ingéniaient à elfacer en elles toutes les qualités naturelles à leur sexe pour mieux établir leurs droits aux occupations de l'autre, de ces jeunes filles unsexed^ comme dit Shakspcare, — qui, pour mieux s'élever au niveau de l'homme, travaillaient à n'être plus femmes.

légnlfs ou aux nitrur», la carrière mi^licalc est à peu près la seule ouverte aux rcmuics juives. (Voy. lu lUisvêt, organe israéiilc (11 sep. 1880). Depuis 1887, un a sjsténialiqueiuonl écarté les Juifs du haut enseignement. Cf. t. III, I.IV, cil. m.

1. C'est ce (juiesl arrivé pour la médecine, par exemple, sous Alexandre III 'comme 8ouh Alexandre II. I.c gouvernement, redoutant la propagande des femmes nirdccins dan» les campagnes, «'est plus d'une l'ois opposé h ce (|uo les assombléCH provinciales on Huhventionnasscnl un grand nombre ;d'aulres fois bù 1882 notamment, il a supprimé les cours de médecine spéciaux pour les fenimos, sauf à en laisser rouvrir d'aulrcs au moyen do souscri()tions privées.

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