LA PREMIÈRE RUSSIE : LES VARÉGUES
chroniques nous ont conservé les clauses toutes praliques*.
Le premier droit russe, la Rousskaïa Pravda, montre encore l'empreinte f^ermanique. Dans ce code, formulé par laroslaf plus d'un siècle et demi après Rurik, on a mémo cru reconnaître plus d'une coutume normande. Comme les peuples occidentaux, les Russes avaient alors le jugement de Dieu et le duel judiciaire; comme eux, ils admettaient, pour les crimes et le meurtre, la composition pécuniaire, dont le nom même de vira rappelle le xcerligeld allemand. Entre cette première Russie et les Etats européens fondés par des tribus germaniques, on peut citer de nombreuses analogies. La dilliculté est de distinguer ce qui appartient aux Varègucs et à l'influence Scandinave de ce qui revient aux Slaves. En Russie plus encore qu'en Occident, on risque de faire honneur aux Germains de ce qui est le fait des barbares, d'attribuer à la race les effets de l'état de culture. Slaves ou Germaines, toutes ces tribus, parentes d'origine et de civilisation, avaient des ressemblances de mœurs et de caractère qui rendent malaisé de faire dans les inslitulions la part de chacune.
Avec moins de profondeur, l'empreinte germanique eut en Russie moins de durée qu'en Occident. L'absorption de la surface Scandinave par le fond slave fut rapide et complète. Les princes varègues eurent beau pendant plus d'un siècle appeler souvent des recrues de Scandinavie, leur établissement en Russie est plutôt comparable à l'installation des Normands en Neustrie qu'à celle des Mérovingiens et des Carlovingiens en Gaule. Le petit -fils de Rurik
1. Les savants de rOccitlent, et spécialement Je la Scandinavie, ont défendii l'ancienne tradilion, qui, selon l'expression d'un écrivain russe, demeure appuyée sur deux colonnes jusqu'ici inébranlables, à savoir, »ur les noms des premiers princes russes et sur les noms des cataractes du Dniepr. (Voyez, par exemple, les savantes analyses du H. P. Martynof, dans la Revue des q ueslions hisloriq ues,']\i\\.el 1875, elle Pol>jl>iblion, mai 1875.) W. Thomsen, professeur à Copenhague, a donné sur ce sujet trois conférences traduites en allomandj sous ce litre : Ursprunt/ des Russischen Slaales, 1879.
porte déjà un nom slave et adore à Kicf les dieux slavons*.
En Russie comme partout, une femme ouvrit la voie au christianisme. Olga, la Clotilde russe, reçoit le baptême à Constantinople. Son exemple, repoussé par son fils Sviatosla(, est imité par son petit-fils Yladimir, à la fois le Clovis cl le Charlemagne de la Russie. Aucune nation n'accepta plus facilement le culte chrétien; elle avait été préparée au christianisme depuis plus d'un siècle par ses relations avec Byzance, et le christianisme avait été lui-même, cent ans auparavant, préparé pour elle par la traduction des évangiles et de l'office divin en slavon. En les faisant entrer dans le christianisme, Yladimir introduisit ses sujets parmi les peuples européens. Bien que la foi du Christ ait été pour elle plutôt une nourrice qu'une mère, notre civilisation n'a pu se naturaliser que chez des peuples en majorité chrétiens. Aujourd'hui même qu'elle semble le plus libre des langes de son enfance, il est douteux qu'elle se puisse entièrement acclimater chez des religions étrangères. Aucun pays n'est encore entré dans la civilisation moderne par une autre porte que le christianisme*. Au temps de Yladimir surtout, la foi chrétienne marquait la frontière morale de l'Europe. Cette frontière, la Russie la franchit dès le dixième siècle; mais l'Evangile ne devait pas lui faire une place dans la famille où il venait de l'introduire. Ici encore, dans la ressemblance de la Russie avec l'Occident se montre une dilTérencc capitale. La croix lui vint par un autre chemin, de Byzance et non de Rome, et ainsi le lien même qui la rattachait à l'Europe l'en tint séparée.
Pour connaître les éléments de la civilisation russe, il faudrait api)récier celle forme orientale du christianisme, il en faudrait déterminer la valeur civilisatrice. Malhcurcu-
1. Sur la drouyina de» kiiia/oH, coiiiiiiu hui' les buyars do Tépoquo suivante, voycy. pluM loin lo livre VI : la Noblesse, cimp. ii.
3. (J'cHl l/i priii;iM(^uien( uno iIcm clioties qui doniicnl lanl d'iiilérôl à la grande expC'ricncc Icntiio |mr lo Japon.