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LES COUVENTS DE FEMMES

persistent à trouver la prière et la sainteté supérieures au travail et à toutes les bonnes œuvres, on voit que les religieux russes ne sont pas toujours oisifs et inutiles. L'opinion forcera TÉglise à être, pour eux, déplus en plus exigeante, si toutefois on laisse subsister assez de moines pour leur permettre des loisirs en dehors du service du culte.

Moins nombreux que les couvents d'hommes, les couvents de femmes sont d'ordinaire plus peuplés. Au premier abord, les slalistiques officielles semblent indiquer moins de religieuses que de religieux ; à y bien regarder, on voit que, dans les cloîtres, le nombre des femmes dépasse celui des hommes. La loi ne les admettant aux vœux monastiques qu'à quarante ans, la statistique ne compte comme religieuses que les filles ayant dépassé cet âge. Les règlements qui, depuis Pierre le Grand, interdisent aux jeunes filles la profession monastique ne leur défendent pas Tenti^ée du cloître. Elles y vivent comme novices et restent libres de rentrer dans le monde et de se marier. Beaucoup, préférant cette liberté, vieillissent au couvent sans faire de vœux. Ces novices ou sœurs laies (ce qui, dans les couvents russes, est d'ordinaire synonyme) sont ainsi deux ou trois fois plus nombreuses que les religieuses professes, dont elles partagent la vie. Il peut sembler bizarre d'exiger, pour des vœux monastiques, quarante ans d'un sexe alors qu'on n'en demande que trente à l'autre. C'est que le législateur a voulu laisser la vie de famille toujours ouverte aux jeunes filles, ne leur permeltant le vœu de virginité que lorsqu'elles ont passé l'âge de la maternité. Il y a là, vis-à-vis de la femme, de ses engouements et de sa mobilité, une précaution d'autant moins excessive que l'Église orthodoxe n'a point de couvents admettant des vœux temporaires. L'État y supplée en imposant un long noviciat. C'est pour des raisons semblables qu'aujourd'hui, dans TÉglise catholique, la cour deRomfe accorde difficilement son appro-

batioii aux congrégations de femmes qui exigent des vœux perpétuels.

Le nombre des femmes qui prennent le voile est, depuis un siècle, en progression sensible. En 1815, il n'y avait dans Tempire que 91 couvenls, avec moins de 1700 religieuses professes. Vers 1870, la Russie ne comptait encore que 11 000 nonnes ou novices, réparties en 148 monastères. Une trentaine d'années plus tard, vers 1898, le chiffre des femmes vouées à la vie religieuse était monté à près de 30 000, et le nombre de leurs couvents à 235. Quoiqu'il y ait encore loin de là aux 120 000 ou 130 000 Sœurs de toute robe possédées par la France, on voit qu'en Russie, comme partout de nos jours, c'est sur la femme que le cloître exerce le plus d'attraction.

En dehors des novices ou des nonnes qui portent la robe à traîne de la religieuse orthodoxe, la Russie compte quelques milliers de béguines ou tchernitsy^ c'est-à-dire femmes vêtues de noir. Ces tchernitsy^ sorte de chanoinesses plébéiennes, vivent en commun, dans le célibat et dans le jeûne, sans faire de vœux, gardant chacune son pécule et sa liberté. Elles sont, d'habitude, fort respectées du peuple ; on prétend que beaucoup d'entre elles ne revêtent la robe sombre de tchernitsa que pour vivre indépendantes de leurs familles. Pour ces filles du peuple, chez lequel la femme est encore tenue dans un servage oriental, cette profession de piété est un procédé d'émancipation. Quand une fille d'artisan ou de paysan veut se faire tchernitsa^ il est d'usage de lui abandonner la part de l'avoir commun qui doit lui revenir à la mort de ses parents^ Ce sont ces béguines que l'on rencontre quêtant dans les rues ou à la porte des églises, coiffées d'un épais bonnet rond avec de grandes oreilles. La religieuse

1. Vestnik Evropy, juin 1879, étude signée : P...sky. Comparer, pour les béguinages de la Grèce et de la Bulgarie^ M. d'Estournelîe de Constant^ La vie de province en Grèce; et Muir Mackenzie et Irby, Travels in the Slavonic provinces of Turkey^ t. II, 146.

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