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LE CLERGÉ : LE BUDGET DES CULTES

viron avaient seviles part aux libcralilés de l'État. L'administration bureaucratique de l'Église est naturellement dispendieuse. Les chancelleries et leur personnel de commis absorbent une notable part des ressources ecclésiastiques. Heureusement pour TÉglise, la piété privée est plus généreuse envers elle que le Trésor. Le budget que lui octroie TÉtat est au moins doublé par les libres dons des particuliers. Le clergé recueille, des quêtes, des troncs des églises, des offrandes de toute espèce, une douzaine de millions de roubles. En outre, le Saint-Synode possède des capitaux, une sorte de fonds de réserve amassé peu à peu et montant à une trentaine de millions (de roubles) dont le revenu s'ajoute au budget du culte orthodoxe.

En Russie de même qu'en France, le budget du cullc dominant pourrait être regardé comme une dette nationale. Là avissi, la subvention accordée à TÉglise n'est qu'une mince indemnité des biens qui lui ont été enlevés. Dans l'ancienne Moscovie, l'Église possédait d'énormes propriétés territoriales. La terre et les paysans étaient la monnaie du pays; les princes et les boyars, pauvres de numéraire, payaient en terre les prières du clergé. C'est ainsi que l'Église était devenue le plus grand propriétaire de la l\ussie. Ses biens, déjà limités par les vieux tsars, l'Église les a, pour la plupart, perdus au dix-huitième siècle. La sécularisation, effectuée en 1764, atteignit le clergé blanc en môme temps que les couvents. En s'emparant des l)iens

Report. 1 8GI G55

Laures et monastères 416 744

Clergé des villes et des campagnes; missions 9 264 871

Établissements d'instruction du clergé 7 414 601

Établissemenls orthodoxes à l'étranger 136 604

Travaux de construction 633 496

Dépenses diverses 546 729

Crédit pour les besoins de 1899 {sic) 100 201

Total 20 374 941

Ajoutons^ comme point de comparaison, que le service des cultes étrangers était inscrit au morne budget de 1898 (ministère de l'intérieur) pour la somme de 1 723 680 roubles et que, au lieu d'être en augmentation, ce service était plutôt en diminution sur le chiffre des années antérieures.

ecclésiastiques, Catherine II, comme une trentaine d'années plus tard notre Assemblée conslituanle, prétendait n'y porter la main qu'afin d'en faire un meilleur usage :ii pour la gloire de Dieu et le bien du pays ». Plus heureuse ou plus habile que la Révolution française, la tsarine eut Tart de faire ratifier par le clergé la dépossession de l'Église. Un seul prélat^ Arsène Matséiévitch^ archevêque de Roslof, protesta au nom des canons de l'Église. Ce peti» Nikone fut dépouillé de l'épiscopat. Comme plus d'un des récalcitrants aux volontés autocratiques, il fut déclaré fou ou radoteur (i;ra/), et, à ce titre, enfermé pour la vie dans une prison de Revel. Il y mourut après vingt ans de captivité, et sa mort fut tenue secrète, de peur que les dévots n'eussent l'idée de l'honorer comme confesseur de la foi.

Le clergé séculier, de môme que les couvents, a conservé ou recouvré une partie de ses terres. Dans chaque paroisse, le pope a d'ordinaire la jouissance d'un champ; la plupart des communes lui attribuent une trentaine de désialines^ Les prêtres qui reçoivent un traitement du Trésor sont parfois les mieux dotés de terres. C'est que, dans les provinces de religion mixte, là où il est en concurrence avec le curé catholique, le pasteur protestant ou le mollah musulman, le pope est soutenu par l'État comme un agent de russification. D'aj3rès les statistiques du zemstvo de Podolie, les 1350 paroisses orthodoxes de ce seul diocèse se partageaient 80 000 désiatines de champs labourés, rapportant environ 600 000 roubles, et à ces champs venaient s'ajouter des potagers, des prairies, quelques bois.

Les diocèses de la Russie centrale sont souvent moins favorisés. Dans un village du gouvernement de Voronège où j'ai séjourné, a Kourlak% sur le Bituk^ l'église possédait douze désiatines; la moitié, c'est-à-dire six désiatines,

1, On se rappelle que la désiaiine vaut un lieclare neuf ares.

2. Ce village élait relative. ncnl pauvre de terres, les paysans n'ayant reçu, lors de l'éniancii)ation^ que et le quart de lot gratuit ». Voyez t. I, liv. VII, ch. m, p. 443 (2« édit.)-

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