‹ L'empire des tsars et les Russes 3, La religionChapitre 162 sur 353 · DU NOMBRE DES PAROISSES ET DES PRÊTRES · texte numérisé non relu

DU NOMBRE DES PAROISSES ET DES PRÊTRES

les femmes, selon le système mis en usage par le servage. On calculait que chaque âme mâle povivait être assujettie à donner au pope 1 rouble, ce qui eût fait à l'église un revenu de 1000 roubles. Dans un Élat où des contrées ne comptant que 35 habitants par kilomètre carré figurent parmi les régions les plus peuplées, des paroisses de 2000 âmes seront toujours bien vastes. Que serait-ce des provinces du nord ou de l'est, où certaines paroisses dépassent en étendue nombre de diocèses d'Italie ou d'Orient! Aujourd'hui déjà les paroisses russes sont, en général, formées de plusieurs villages, parfois d'une dizaine de hameaux, souvent fort éloignés les uns des autres. La religion et l'État ont intérêt à ne point laisser le paysan a trop de distance de son église. Les dimensions des paroisses rurales mettent déjà le culte olficiel hors de la portée d'une partie du peuple; par là même, elles tournent au profit du raskol, au profil surtout des sectes qui se fiassent de prêtres, dos bezpopovtsy. Aussi ne saurait-on s'étonner que le gouvernement et le Saint- Synode aient renoncé à poursuivre la diminution du nombre des paroisses et des prêtres. Nous l'avions prévu à l'époque où ce système était en vogue Les fidèles s'en sont montrés mécontents. Le clergé n'en a même pas retiré les avantages matériels qu'on s'en était promis. L'église, étant trop loin, a été moins fréquentée, et les offrandes ont baissé d'autant. On s'est aperçu qu'éloigner le prêtre de ses paroissiens, c'était éloigner le peuple de la religion.

La diminution du nombre des ecclésiastiques revêtus du sacerdoce présente les mêmes inconvénients que la diminution des paroisses, d'autant que, à l'inverse du prêtre catholique, le pope russe ne célèbre jamais qu'une seule messe; il n'est jamais autorisé à « biner >)c L'empire compte à peine 42 500 prêtres orthodoxes^ : pour un tel

1. Non compris quelques prêtres en retraite (Rousskii Kalendar Souvclinîa, 1898).

territoire, ou même pour une telle population, ce n'est assurément point trop. La Russie en possédait quelques milliers de plus, il y a vingt ans. G'esl sur les diacres, surtout sur les chantres et les sacristains, qu'a porté la réduction du personnel ecclésiastique. Ces serviteurs de l'Église, tserkovno-sloujitéli^ïovmdiienildi masse delà classe sacerdotale; ils en étaient la portion la plus ignorante et la moins morale. Par leurs vices ou leur misère, ils avilissaient tout le clergé. Tout en demeurant individuellement dans la pauvreté, ils sont, pour l'Église et le pays, une lourde charge. Le plus simple serait de supprimer ces clercs inférieurs, et, comme dans l'Église latine, de prendre pour chantres ou sacristains des laïques vivant d'un autre métier. C'est, du reste, ce que Ton commence à faire. Là où ils n'ont pas été licenciés, on s'est efforcé de relever le niveau de ces serviteurs d'églises. C'est ainsi qu'on a cherché à les utiliser pour l'enseignement populaire.

Comme on ne peut améliorer la situation des membres du clergé en en diminuant le nombre, on a imaginé d'autres expédients. On s'est demandé si, à défaut de l'État, les prêtres ne pourraient pas être rétribués par les assemblées provinciales [zemstvos] ou par les communes. La commune ou le zenistvo assurerait au pope un traitement fixe, et l'on pourrait affranchir les fidèles de toutes les redevances actuellement perçues pour les cérémonies de l'Église, La gratuité des sacrements satisferait le peuple en même temps qu'elle relèverait le prestige du clergé. Malheureusement, les finances des zemstvos ou des communes ne leur permettent guère de prendre à leur compte l'entretien des popes. La plupart ne sauraient s'en charger sans établir de nouveaux impôts, ce qui rendrait la réforme singulièrement moins populaire.

On cite quelques communes qui ont voté des appointements à leur prêtre, mais c'est là une exception, et de pareilles résolutions sont révocables. Pour encourager les

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assemblées rurales à rétribuer leur clergé, des laïques ont conseillé d'abandonner aux paroisses le cboix de leur curé. Cette idée a trouvé faveur dans certains cercles, ii Moscou surtout; feu Aksakof en était partisan. Des écrivains à tendances slavophilcs se sont attachés à démontrer que rélection des curés était conforme aux coutumes nationales et aux canons de 1 Église^ Loin d'être une innovation, le choix des pasteurs par leurs ouailles ne serait, ( n Russie, qu'un retour aux anciens usages. Il est vrai que rélection des membres du clergé donnait souvent lieu à des scandales dont témoignent les conciles moscovites du seizième et du dix-septième siècle. Les candidats aux postes ecclésiastiques achetaient parfois les voix des électeurs. La coutume d'élire le curé se serait maintenue plus longtemps dans la Petite-Russie que dans la Grande. On en trouverait des traces dans le diocèse de Kief jusque vers 1840. En Bessarabie, l'élection était encore habituelle vers 1820 ; l'évêque n'ordonnait que les clercs qui lui apportaient l'approbation (oclobrénié) de la paroisse^. Au cœur môme de la Grande-Russie, le célèbre métropolite Platon aurait encore, sous Alexandre I^'', reconnu aux paroisses le droit de lui présenter un candidat aux cures vacantes.

Le zemslvo de Moscou avait demandé, en 1880 et 1804, que le droit d'élection ou, au moins, de présentation fût rendu aux paroisses. D'autres assemblées provinciales s'étaient prononcées dans le même sens. Celte intervention des zemstvos, le Saint-Synode l'a blâmée, par la bouche du haut-procureur, comme un empiétement des autorités laïques sur le domaine de l'Église. D'après la vénérable assemblée, si l'Église laissait autrefois les paroisses désigner leur pasteur, cela tenait à rinsuffisance du nombre d'hommes instruits connus des évêques. Il n'en est plus de même aujourd'hui que les séminaires forment la pépi-

1. Voyez notainnient la Rotts, 24 et 31 janvier 1881. !2. Kievskaïa Stavina, avril 18S2.

nière naturelle du clergé; Télection des curés ne serait, à en croire le Saint-Synode, qu'un retour aux temps d'ignorance*- Cette objection n'a pas convaincu les partisans de rélection; ils répondent aux chefs de la hiéraichic que le choix des paroisses pourrait être limité aux candidats ayant achevé leurs études théologiques. Eu fait les assemblées de villages ou de volost^ qui se croient en droit de donner leur avis sur tout ce qui intéresse la commune, se permettent parfois de demander la nomination ou le renvoi d'un prêtre. Le ministère de l'intérieur, d'accord avec le haut-procureur, a, en 1887, interdit aux assemblées de paysans de s'immiscer dans de pareilles questions.

L'avantage de l'élection des prêtres, ce serait, en intéressant le peuple au choix de ses pasteurs, de le rapprocher du clergé. Ce rapprochement, on l'a poursuivi par d'autres moyens ainsi : notamment par la création des curatelles paroissiales [prikhodskiia popetchitelstva). L'un des appas des sectes, pour l'homme du peuple, c'est que les adhérents du raskol sont membres d'une communauté solidaire, qu'ils participent à son administration, comme à ses dépenses, que son oratoire leur appartient, qu'ils s'y sentent chez eux. Les curatelles de paroisses, instituées en 1864, devaient donner aux laïques orthodoxes une part dans la gestion des alïaires de leur église. C'étaient une sorte de conseil de fabrique et en même temps un bureau de bienfaisance, parfois même un conseil scolaire, A l'aide de ces curatelles laïques on comptait relever à la fois la situation matérielle et l'autorité morale du clergé. Nous ne voyons pas qu'elles aient beaucoup servi à l'une ou à l'autre. Créés d'en haut, par voie administrative, ces conseils de paroisse ont manqué de spontanéité et d'indépendance. Un grand nombre d'églises n'en sont pas encore pourvues; là où elles existent, elles n'ont souvent qu'une existence nominale*. La curatelle doit être nommée par

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