LE RÂSKOL : LA BARBE
interprètent le verset de la Genèse : Dieu fit l'homme à son image. Pour combattre cette singulière exégèse, un des éveques de Pierre le Grand, Dmitri de Rostof, composa en vain un Traité sur Vimage et la ressemblance de Dieu dans lliomme^. « L'image de Dievi est la barbe, et sa ressemblance la moustache », écrivait encore un raskolnik vers 1830^. Voyez, disent les vieux-croyants, voyez le Christ et les saints des anciennes images, tous portent la barbe. Pour leur répondre, les théologiens orthodoxes ont dû se mettre à la recherche des rares saints imberbes de l'iconographie byzantine. Au fond, c'était toujours, chez ces hommes simples, même attachement aux formes et même symbolisme dans le môme réalisme. Gomme au texte de la parole divine, ils se refusent à rien laisser changer à l'œuvre vivante de Dieu; comme ils veulent que chaque mot, chaque lettre de l'office sacré ait une valeur propre, ils n'admettent point que le poil dont le Créateur a fourni les joues de l'homme puisse être sans signification. A leurs yeux, c'est la marque dislinctive du visage mdle, le signe naturel de la supériorité de l'homme sur la femme; s'en laisser dépouiller, c'est déformer l'œuvre divine en l'efféminant, c'est une sorte de mutilation et comme de castration de la virilité^.
Gomme le double alléluia ou la croix à huit branches, la barbe a eu ses martyrs. A Pétersbourg môme, sous Alexandre II, en 1874, un conscrit destiné à la marine refusait
t. Razsouj dénié o obrazé bojii i podobié v tchélovéké, 1101 . Des raskolm'/cs disaient au même prélat: <r Nous aimons aulant nous laisser couper la tête que la barbe. — La tète repoussera-t-elle? » répliqua l'évêque.