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LES VIEUX-CROYANTS UNIS

tard, leurs descendants ne s'en contentaient plus. En religion comme en politique, les concessions tardives sont souvent repoussées avec dédain de ceux qui d'abord les imploraient humblement. En se persuadant que toutes les dissidences étaient extérieures, TÉglise officielle faisait une erreur analogue à l'erreur des vieux-croyants, lorsqu'ils s'étaient insurgés contre son autorité au nom des rites. Le principe du schisme n'est plus tout entier dans le cérémonial. Après de longues années de lutte, le raskol a pris un esprit propre, une individualité, des habitudes d'indépendance et de liberté qui rendent la réconciliation plus difficile.

Le droit de conserver les anciens rites ne pouvait suffire à vaincre les préventions des vieux-croyants. Sous le couvert d'une pacification, ils redoutaient qu'on ne leur olTrît qu'une soumission. Ils craignaient que dans Véc/inoverié le gouvernement et le Synode ne vissent qu'un expédient transitoire^ une sorte de parvis ou de vestibule où les adversaires de Nikone devaient faire un stage, avant d'aller se perdre dans le temple de l'orthodoxie légale. En provoquant les dissidents à entrer dans l'Église des uaicroyants^ le gouvernement avait soin d'en interdire l'accès à tous les fidèles réputés orthodoxes; par là il repoussait lui-même de V édinoverié le plus grand nombre des schis,matiques qu'il y voulait attirer. Depuis, il est vrai, dans les dernières années notamment, l'État s'est départi de cette restriction : les Russes inscrits comme orthodoxes ont, dans certains cas, été autorisés à recourir aux prêtres des édinovertsy. Les « anciens rites n'en restent pas moins dans une position inférieure vis-à-vis des cérémonies en usage depuis Nikone. Il y avait deux manières d'amener à Védinoverié le gros des vieuxcroyants; la première, c'était de placer les deux rites sur un pied d'égalité, laissant les fidèles libres de choisir entre eux; la seconde, c'était de constituer les unicroyanls en Église autonome. On n'a fait ni l'un ni l'autre. Aussi la

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plupart des vieux-ritualistes ne veulenl-ils voir dans Védinoverié qu'un piège; ils rappellent la souricière, lovouchka.

Entre cette création des unicroyants orthodoxes et celle des grecs-unis de Pologne par la cour de Rome et les jésuites, il y a une ressemblance qui n'a pas été remarquée. Les deux institutions étaient un moyen terme répondant à un but analogue et excitant de semblables défiances. On dirait que, pour ramener ses dissidents, la Russie a imité le procédé employé par Rome et la Pologne pour se rattacher les sujets polonais du rile grec. Sciemment ou non, le gouvernement russe n'a fait que s'approprier la tactique religieuse qu'il combattait de la part de Rome et des Polonais. L'imitation est demeurée incomplète ; de là, en partie, son peu de succès. A ses grecs-unis, l'Église romaine laissait, outre leur liturgie et leur rituel, des évôques et une hiérarchie propre. A ses starovèresunis, l'Église russe prétend au contraire imposer des prêtres consacrés par ses propres évêques et relevant directement d'eux. C'est là un des motifs de l'opposition des vieux -croyants Les évêqvies orthodoxes ont beau consentir à les bénir selon l'ancien rituel, cela ne leur suffit point. La plupart se refusent à entrer clans ce bercail officiel, dont les prêtres ne célèbrent les anciens rites que par obéissance, et dont les évêques n'ont pour les cérémonies vénérées de leurs ouailles qu'une tolérance dédaigneuse. L'épiseopat que l'Église nationale leur a refusé, les vieux-ritualistes ont été le chercher au dehors.

Ainsi s'explique comment le raskol a été à peine entamé par un compromis qui semblait devoir clore le schisme. Quoiqu'ils fassent, chaque année, des recrues mentionnées avec soin par les rapports du haut-procureur, les vieuxcroyants unis ne dépassent guère un million; et, parmi eux, beaucoup ne semblent s'être ralliés que pour la forme ou par amour de la tranquillité. En 1886 ils n'avaient, dans tout Tempire, que 244 églises, et ces églises restaient souvent

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