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LES VIEUX-CROYANTS UNIS

\ides. Parmi ces édinovertsy il y a des indifférents, des «mondains », qui fréquentent peu la maison du Seigneur. D'autres, après avoir extérieurement adhéré à l'union, continuent cl se rendre en secrel aux oratoires des dissidents. Quelques-uns retournent ostensiblement au schisme et vont chez leurs anciens coreligionnaires faire pénitence de leur faiblesse. Il se trouve de ces relaps jusque parmi le clergé. Ainsi, en 1885, le P. Verkhovsky, curé d'une église unicroyante de Pétersbourg, abandonnait sa paroisse pour se réfugier à la métropole de Bélokrinilsa. Les édinovertsy qui persistent dans Tunion manifestent d'habitude plus de sympathie pour les vieux-croyants schismatiques que pour les orthodoxes de l'autre rite. Ils ne forment guère, en réalité, qu'un parti de plus parmi les popovtsy. La plupart conservent leur fanatique attachement pour l'ancien rituel. La tolérance que témoigne pour leurs usages l'Église dominante, ils sont loin de la montrer pour les siens. Il ne fait pas bon, dans leurs églises, de prier à la façon ce nikonienne ». J'ai entendu raconter qu'un orthodoxe qui, par mégarde, avait, durant un de leurs offices, fait le signe de la croix avec trois doigts avait été brutalement jeté à la porte. Ces orthodoxes du vieux rite mettent non moins de scrupule que les dissidents à ne se servir que des anciens livres et de Tancienne notation musicale à neumes ou crochets [krioukî). Ils ont, pour l'impression de leurs missels, une typographie à Moscou. Outre leurs églises, consacrées spécialement pour eux, ils possèdent des couvents auxquels Tunion vaut l'avantage d'être officiellement reconnus. Tel le skyte de Pokrovsky près de Sémenof.

Le principal obstacle à la pacification du schisme, c'est peut-être les habitudes de liberté des vieux-croyants. Accoutumés h élire leurs prêtres, ils repoussent le pope nommé comme un fonctionnaire et traité en tchinovnik. Pour attirer les édinovertsy^ il a fallu leur reconnaître le droit de choisir ou de présenter leurs prêtres. Par une de ces transformations fréquentes dans l'histoire des révolu-

lions et des hérésies, le point de départ initial du raskolj le formalisme ritualisle des anciens vieux-croyants, a cessé d'être la principale cause de la persistance du schisme. Dans sa lutte contre Torlhodoxie officielle, le raskol a Irouvé une raison d'être nouvelle. Si la popovstchine persiste encore, c'est qu'elle personnifie la résistance populaire à l'ingérence de l'État dans les affaires ecclésiastiques, c'est qu'elle est devenue une protestation contre toute dépendance apparente ou réelle de la religion.

L'Église dominante, disait, sous Alexandre II, une suppli({ue manuscrite en circulation parn)i les vieux-croyanls, n'est pas l'orthodoxie catholique; ce n'est qu'une orthodoxie russe, moscovite, synodale, officielle, qui a [)Our clicf l'empereur et non le Christ et laisse nommer les évêques par le pouvoir civil; une institution d'État, consistant dans le signe de croix à trois doigts et autres i)ratiques analogues; un ritualisme grec [greko-obriadstvo) ou une foi ritualiste (obriadovèriê) croyant à rimi)ortance dogmatique de certains détails du rituel, érigés en article de foi ^ N'est-il pas curieux de voir ces vieux-croyants renverser les rôles séculaires et accuser a la fois l'Église dominante de formalisme et de servilisme?

Les vieux-croyants hiérarchiques demandent, à leur manière, la séparation du temporel et du spirituel. Ils réclament la liberté de l'Église, sans se rendre compte que, par leur longue révolte, ils ont été les premiers à l'affaiblir. Si, en la dépopularisant, ils ont contribué à la mettre dans la dépendance du pouvoir civil, ils l'ont oublié. Une des clioses qu'ils reprochent à l'orthodoxie officielle, c'est l'abandon de l'ancienne constitution ecclésiastique et la suppression du patriarcat*. Quelques-uns en réclament la

1. Voy. lousof : Rousskie Dissident y : Starovéry i Doiikhovnye Khrisliaiie (1881, p. 51, 52).

!2. L'abolition du patriarcat, dans le dessein de subordonner l'autorité sacerdotale à l'autorité du tsar, a été donnée par les raskolniks comme une preuNc que Pierre le Grand était l'Antéchrist. Ainsi le Sobranié ot Sviatago Pisaniia o Aiitiklivisté^ Sbornik prav. svéd. o rask. t. 11^ p. 256.

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