KHLYSTY : RITES SANGLANTS
tour de rôle, lui rendre une sorte de culte obscène, lui baisant les pieds, les mains, les seins, en se courbant devant elle avec force signes de croix. Ils rappelaient souveraine reine du ciel, et la priaient de les juger dignes de communier de son corps très pur, lorsque, par le Sainl- Esprit, naîtrait d'elle un petit christ [khrislosik). Quand, à la suite des radéniia qu'elle était la première à danser, la bogoroditsa devenait enceinte, son enfant, si c'était une fille, devenait plus tard, à son tour, une sainte vierge. Si c'était un fils, un khristosik, il était immolé le huitième jour après sa naissance. A en croire certains récils, on lui perçait le cœur avec une lance analogue à la lance liturgique en usage dans l'Église orientale pour couper le pain consacré. Le sang et le cœur de ce petit christ, mêlés à du miel et à de la farine, servaient à la confection des gâteaux eucharistiques. C'était ce qui s'appelait communier du sang de l'agneau; car cette cène hideuse s'inspirait d'un sombre réalisme. A ces prétendus mystiques il fallait, pour la communion, un vrai corps, un vrai sang. Quelques-uns communiaient, assure-t-on, avec le sang chaud de leur petit Jésus, et faisaient dessécher la chair pour la réduire en poudre et en préparer leurs kalalchi ou gâteaux de communion. D'autres fois, c'était une jeune fille, une ce sainte vierge », vivante et volontaire victime, dont le sein gauche, enlevé au milieu des danses et des chants, servait de nourriture eucharistique*.
Ont-ils jamais été autre chose que des monstruosités isolées, de pareils rites ne pouvaient se célébrer que de loin en loin en des contrées écartées. Ils ont toujours dû être plus rares dans la Russie moderne que, en Amérique, le sanglant vaudoux africain, le sacrifice du « bouc sans cornes » encore en usage chez les noirs de Haïti. En Russie on est d'autant plus porté à se défier des récits de ce genre
1. Mgr Philarète, IsloiHia Rousskoi Iserkvi^y^ période, Hl j Ilaxthausen, Studie7i, t. I, ch. xiii, p. 345; Livanof, Raskolniki i Osti^ojniki^ t. Il, p. 276^ Héoutsky, Lioudi Bojii i Skopisu^ p. 35.
que le paysan est généralement plus doux. Il est des aberrations du fanatisme qu'on ne saurait cependant révoquer en doute et qui rendent moins sceptique pour les horreurs de celte sorte. Comment oublier qu'il s'est trouvé des énergumènes pour prêcher le suicide par le fer ou par le feu, tandis que d'autres recommandaient l'holocauste des enfants? La communion n'est peut-être pas le seul sacrement que la superstition se soit ingéniée à perfectionner à l'aide de rites sanglants. J'ai entendu raconter que, en je ne sais quel district, des forcenés, flétris du surnom de sangsues^ enseignaient de baptiser les nouveau-nés avec le sang de leur mère. De pareils récits sont-ils suspects, une secte contemporaine pratique^ au su de tous, le baptême du sang ou du feu, en l'entendant d'une façon plus odieuse encore. Nous voulons parler d'une sects mystique comme les khlystyy rapprochée de ces derniers par son origine et par ses dogmes, la secte des skoptsy ou mutilés*.
1. Des grossiers mystiques décrits dans ce chapitre^ des khlysty et des skakouny, on pourrait rapproclier quelques sectes écloses à la fin du règne d'Alexandre 111: les riabovtsy et les khikhouliteSj ou a hommes de plaisir y>, secte pétersbourgeoise qui paraît née chez les Finnois de Finlande et dont les prêches improvisés se terminent par des danses tournoyantes qui plongent les adeptes dans une ivresse extatique; — peut-être aussi les malevantsy de Kief; ainsi nommés de leur prophète, un névropathe du nom de Conrad Malevanny, 1892. Selon le mot du D"^ Sikorsky de Kief, il faut yoir là une sorte d'épidémie psychopathique à laquelle le bas peuple russe demeure encore sujet.