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PROPHÈTES ET PROPHÉTESSES

assistants, ne peuvent manquer de trouver quelques applications particulières; tantôt il profère de longs discours, dans lesquels il est facile de trouver quelque chose qui se réalise en tout ou en partie.

Un fait digne de remarque, c'est le grand nombre des prophétesses et le grand rôle des femmes dans la plupart des sectes. Il y a des saintes vierges, comme il y a des christs; les deux vont souvent ensemble, par paire, et souvent Timpulsion vient de la femme autant que de Thomme. Vers 1880, par exemple, une prophétesse du nom de Xénie Ivanof fondait, dans la province du Don, une secte ascétique dont les adeptes s'interdisaient le mariage et Tusage de la viande. Sous Nicolas II, c'est une prophétesse du nom de Yitalia qui décidait une vingtaine de paysans des environs de Tiraspol à se faire enterrer ou emmurer vivants, à la veille du recensement de 1897. La religion est presque Tunique domaine où la femme du paysan se montre régale de son époux. Esclave ou servante dans tout le reste, elle est libre, souvent même elle est maîtresse dans la sphère spirituelle, ce Une dispute d'Aksinia avec son mari, sur un objet profane, lui vaudrait une verte réprimande, dit quelque part A. Petchersky; quand il s'agit de skyteSy d'affaires religieuses, la chose est autre; ce n'est plus l'homme, c'est la femme qui est la tête; c'est Aksinia qui décide et lance son mari. De ce fait, quelques écrivains ont tiré une conséquence inattendue. Chez un peuple ( qui considère la femme comme un être inférieur, les questions dogmatiques seraient-elles abandonnées aux femmes, si l'homme en faisait une de ses préoccupations principales? La piété est pour le paysan une affaire de ménage, et, comme telle, regarde surtout la femme. On reconnaît dans cette thèse le penchant de certains Russes à représenter leurs compatriotes du peuple comme indifférents en matière religieuse, et, pour ainsi dire, inconsciemment sceptiques. Cette prétention n'est nullement justifiée par l'influence des babas dans le schisme ou l'hérésie. L'initiative

de la femme russe s'exerce où elle a le champ libre : chez la paysanne, dans lapropagande religieuse, comme chez Tétu^ diante, dans lapropagande politique. C'est, aux deux extrémités de la nation, un phénomène du même ordre. La Russie n'est pas du reste le seul pays où la femme a l'esprit de prosélytisme. Dans toutes les religions, le sexe faible, le sexe pieux, joue un rôle considérable. Les sectes anglo-saxonnes ont aussi leurs prophétesses, et dans celle société moins ignorante il y a également des femmes illuminées^ qui s'attribuent des fonctions surnaturelles et des titres presque divins. Les khlysty américains, les shakers des États-Unis, ont souvent à leur tête une mère ou une fiancée de L'agneau de Dieu. En Angleterre même, les shakers de New-Forest étaient naguère dirigés par une certaine mistress Girling, dont les visions servaient à la communauté de règle de foi.

C'est un spectacle monotone jusqu'en sa diversité, que l'infatigable génération des sectes. Toutes ces obscures doctrines, ne pouvant se fixer par l'enseignement et Is. publicité, gardent quelque chose d'incohérent qui les expose à de perpétuelles variations. C'est comme des dunes de sable sans consistance, que les vents de la mer ou du désert font et défont sans cesse. Ces confuses hérésies ne sont parfois que l'expression des aspirations du moment. Chaque événement dans la vie du peuple donne naissance à quelque secte qui, à son heure, est comme la formule des besoins ou des préoccupations populaires.

C'est ainsi que l'émancipation du servage, qui, en retirant au peuple son principal grief, semblait devoir porter vm grand coup à l'esprit de secte, a passagèrement enfanté des sectes nouvelles. Le mécontentement excité chez le paysan par les conditions du rachat des terres a, dans plus d'une contrée, pris une forme religieuse. « La terre est à Dieu, disaient de rustiques prophètes, et Dieu veut que tous ses enfants en jouissent librement sans redevances. » En d'autres moments, c'est J'impôt dont le paysan

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