PROTESTANTS : LES PROVINCES BALTIQUES
moins à réJoqiicnce de ses missionnaires qu'aux oppositions de races et de classes. L'antipathie du paysan lello ou eslhe pour le propriétaire allemand sert d'argumonl aux convertisseurs, lis lui représentent Tabandon de fa ce foi allemande » comme une émancipation du joug teulonique.
Si le luthéranisme n'a pas encore été rejeté de toute la population lettonne ou esthonienne, c'est que, en passant à la « foi russe », Lettes ou Esthes craignent de compromettre leur nationalité. Ce sentiment se rencontre surtout chez les Lettes, qui sont plus cultivés que leurs voisins finnois, les Esthes. Aussi les conversions sont-elles ])lus rares parmi eux. ce Pour nous distinguer des Allemands, disait un patriote letton, nous ne voudrions pas nous confondre avec les Russes. Il en est qui, pour cette raison, inclineraient au baptisme. Un des moyens de propagande des orthodoxes est bien de célébrer l'office dans les langues locales; mais les pasteurs luthériens, quoique allemands, pour laplui)art, se résignent, eux aussi, de plus en plus, à l'emploi des barbares idiomes de leurs ouailles.
Le sentiment national n'est du reste pas la seule prise du prosélytisme russe sur le pays baltique. Les laïques apôtres de l'orthodoxie ne se font pas toujours scrupule de recourir aux appâts officiellement prohibés. Chacun sait que pour être bien vu des autorités, le meilleur moyen est de passer à la foi russe. J'ai entendu conter l'histoire d'un drôle qui, pour se tirer de prison, n'avait pas employé d'autre recette. C'est un moyen, à la portée de tous, de se faire des protecteurs. En dehors même des séductions de ce genre, yles conversions sont encouragées par une sorte de primé, fort sensible aux paysans* Le Sénat a, vers 1887, exempté tous les non-luthériens des taxes ou redevances prélevées pour les églises luthériennes. Rien de plus juste, scmble-t-il. Un paysan orthodoxe ne peut être tenu de payer la dîme au temple. La question cependant n'est pas aussi simple. Les luthériens soutiennent que ces taxes
ecclésiastiques n'incombent pas à la personne, mais à la terre. Pour s'en affranchir, il faut les racheter : les redevances en nature peuvent, en effet, être raclietées en argent, d'après un tarif établi par les propriétaires, d'accord avec leurs tenanciers. Ceux-ci, disent les premiers, ne sauraient se libérer par l'apostasie. Pour leur en enlever la tentation, certains propriétaires ont pris les dîmes à leur charge en relevant d'autant le loyer de leurs terres.
Un des soucis du gouvernement dans son œuvre de prosélytisme, c'est la constructreu-d'églises et d'écoles orthodoxes. La Ritterschaft, qui possède presque tout le sol, se refusant à en laisser élever sur ses domaines, il a fallu recourir à l'expropriation. Pour une école ou une é^^lise orthodoxe, l'adnnnistration est autorisée à tout exproprier, sauf les maisons d'habitation. Le plus zélé luthérien peut voir les popes s installer au milieu de ses terres pour faire de la propagande parmi ses l aysans. De môme, la plupart des écoles rurales avaient été ouvertes par la noblesse et placées par elle sous l'autorité des pasteurs. Il y avait dans les trois provinces, sans comparaison les plus instruites de la Russie, plus de 2 000 écoles luthériennes. Alexandre III les a en quelque sorte laïcisées pour les russifier, en les faisant passer au ministère de l'instruction publique. Aucun coup n'a été plus sensible au luthéranisme.
C'est là une mesure telle que s'en permettent d'autres États aux dépens d'autres clergés. Il n'en est pas de même de la législation appliquée aux mariages mixtes. L'empereur Nicolas 1*^'' avait édicté des lois ordonnant d'élever dans la foi grecque les enfants issus de mariages entre protestants et orthodoxes. Alexandre II avait rendu aux Livoniens la liberté d'élever leurs enfants à leur gré. C'était là, semblait-il, une mesure aussi politique qu'humaine, 1 État ayant tout intérêt au rapprochement des diverses nationalités; mais, en Russie, pareille liberté était un privilège. Alexandre III l'a supprimée; il se faisait un devoir d'appliquer, à tous, les règlements draconiens de Nicolas ^^