CHAPITRE III
Cu!tcs non chréiiens. — Les Juifs : leur grand nonnhre. Difleronls aspects de la qiies ion juive. Les troubles antisémitiques. Gomment ils n'ont pas toujours été un mouvement populaire spontané. — Juifs russes et polonais. Leurs mœurS; leur piélé^ la vie juive. — Situation légale des Israéliles. Restrictions à leurs droits civils. Interdiction de résider dans l'intérieur de l'empire. Interdiction de louer ou d'acheter des terres. Défense d'habiter dans les campagnes. — Les Juifs et le travail manuel. Les Juifs et les professions urbaines. Restrictions touchant le commerce des alcools. Limitation du nombre des Juifs admis aux collèges et aux universités. — Conséquences de ces lois d'exception. Gomment eHes tournent contre leur but. L'Ouest russe et le parasitisme juif. Avantages de l'émancipation des Israélites au point de vue national et au point de vue économique. — Les musulmans. Force de résistance de l'Islam en Europe et en Asie. Situation légale et organisation religieuse des mahomctans de l'empire. La propagande orthodoxe et les musuluians. La puissance russe et l'Islam. — Les bouddhistes. Affaiblissement du bouddhisme en Europe. Comment il se défend en Asie. Les lamas et la propagande chrétienne. Peu d'influence directe du bouddhisme sur l'esprit russe.
Le territoire russe, sous les premiers successeurs de Pierre le Grand, était encore interdit aux Juiis; la Russie, aujourd'hui, renferme plus de Juifs qu'aucun autre État. C'est un héritage de la Pologne, devenue, sur la fin du moyen âge, le centre d'Israël. Plus de la moitié peut-eli^c des Juifs du globe sont sujets du tsar. Ils sont, dans Tempire, quatre ou cinq millions, quelques-uns disent même six millions. Leur nombre semble s'être accru, malgré la persécution et rémigralion. Il y a, sans doute, plus d'Israélites en Russie que de Suisses en Suisse, ou de Hollandais aux Pays-Bas. Ces millions de Juifs ne sont pas disséminés sur la surface de l'empire; la proportion des Israélites aux chrétiens, au milieu desquels ils habitent, est d'autant plus
6lk LA UUSSÎE ET LES RUSSES*
forte que les fils (rAbiaham sont parqués, pour la plupart, dans les anciennes provinces polonaises et les deux ou trois goubernies voisines. Il y a dans ces provinces occidentales 15, 20, parfois 25 pour 100 d'Israélites. Comme ils vivent de préférence dans les villes et les bourgades, la proportion des Juifs aux non-Juifs est encore plus élevée pour la population urbaine. En mainte ville de Pologne, de Lithuanie, de Petite-Russie, les Juifs sont en majorité. Nombre de bourgades, des villes même de 20,000, de 30,000, de 50,000 habitants, telles que Berditchef et Balla, sont de sordides Sions où les chrétiens sont perdus au milieu des iîls de Jacob, rassemblés de nouveau en corps de nation.
Les Juifs y étant plus nombreux que partout ailleurs, et le gouvernement s'étant étudié à les cantonner dans une région, la question improprement appelée sémitique devait avoir, en Russie, plus d'acuité qu'en aucun autre pays. Chez elle, tout comme en Allemagne, en Autriche-Hongrie, en Roumanie, en Algérie même, celte question a plusieurs faces; on peut l'envisager sous trois aspects principaux, dont l'importance relative varie suivant les diverses contrées. C'est, à la fois, une question religieuse, une question nationale, une question économique ou sociale ^ En Russie, de même que dans le reste de l'Europe, les antipathies religieuses sont, aujourd'hui, le moindre facteur de l'antisémitisme. Les mouvements populaires contre les Israélites ont beau éclater, d'habitude, à l'approche de Pâques, ce que le peuple hait dans le Juif, c'est moins le non-chrétien que l'étranger et l'exploiteur.
L'Europe n'a pas oublié les émeutes contre les Juifs qui ont déshonoré les premières années du règne d'Alexandre IIL Ces scènes sauvages n'étaient pas une nouveauté.
1. Celte question Israélite ou sémitique, aujourd'hui soulevée en tant de pays^ est trop compIe\:e pour que nous puissions Tenibrasser en quelques paqes. Nous nous peiinotlrons de renvoyer le lecteur à notre livre: Israël chez les nations (Paris, Calmann-Lévy). Cf. V Antisémîtlsyne, Calniann-I.évy, 1897, ^li.eijJui/'^^raosc.N par Léo Errera (Uruxelics 1893;.