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DE LHJNION DES DEUX ÉGLISES

serait, lui semblerait-il, qvie par une abdication du slavisme. Peu lui imporle que ce nationalisme religieux répugne à Tespril, essentiellement cosmopolite, du christianisme : la Russie prétend tout trouver en elle-même; elle se considère comme un monde à part, ou mieux comme le centre de gravité du monde futur. Se croyant appelée à Thégémonie intellectuelle et politique du continent, il lui agrée peu d'entrer dans l'unité catholique, et de devenir partie d'un tout; elle préfère se regarder comme un tout complet, et être, presque à elle seule, l'hérilage du Christ, le peuple chrétien.

Il y a un autre obstacle : après l'idolâtrie nationale, l'idolâtrie de l'État. L'État est un dieu jaloux, qui ne soutTre pas volontiers de rival. Ce qui, aux yeux du penseur, fait la supériorité de l'Église catholique, ce qui la rend, en quelque sorte, libérale malgré elle % c'est que, par sa constitution, elle met vme borne à l'omnipotence de rÉlal, le tyran prochain des sociétés modernes. Gela seul lui vaudrait les défiances de l'autocratie, aussi bien que de la démocratie. Aux tsars il faut une Église qui tienne dans leur main, comme le globe surmonté de la croix. L'autocratie russe, en possession d'une Église nationale, est peu disposée à en transmettre la suprématie à une autorité étrangère. Le pouvoir que les siècles lui ont conféré sur le clergé, il lui plairait peu de l'abandonner ou de le partager. Entre l'autocratie et la papauté, entre ce que les catholiques ont appelé le césaropapisme des tsars et ce que les Russes nomment l'autocratie cosmopolite des papes, il y a une antipathie, pour ne pas dire : une incompatibilité naturelle. Chacune des deux étend trop loin ses droits pour ne pas sembler empiéter sur l'autre. Toute alliance entre la Russie et la papauté est malaisée, tant que le pouvoir autocratique demeure intact, et, d'un autre côté, rinitiative n'en saurait guère être prise que par une volonté omnipotente.

!• Voyez les Catiioliques libcraujCj VjbJylise et Le libéralisme : conclusion.

l^a politique domine, en Orient, toutes les questions ecclésiastiques. Or, quelle que soit la nature du pouvoir civil, l'Etat n'abdiquera pas volontiers son autorité sur le clergé. Une Église nationale autocéphale lui semblera, plus dccile qu'une Église unie à Rome. Il en est de la Roumanie, de la Serbie, de la Bulgarie, de la Grèce même, comme de la Russie. Dans tout l'Orient, l'obstacle à l'union avec Rome est plus politique que religieux. Il est facile de démontrer à la hiérarcliie qu'elle ne saurait avoir d'indépendance, vis-à-vis du pouvoir civil, (ju'en renonçant à son indépendance ecclésiastique. Pour se tenir debout devant le tsar ou le roi, il lui faudrail s'agenouiller devant le pape ; mais, quand les clergés orthodoxes seraient pénétrés de cette alternative, le pouvoir civil, autocratique ou constitutionnel, ne leur laisserait pas toujours le choix. Le principal avantage qu'un chrétien trouverait à l'Union^ Tindépendance de l'Église, devient un inconvénient pour les politiques qui préfèrent tenir l'Église dans la dépendance. Si tant de Russes redoutent l'Union, c'est, en grande partie, parce qu'elle doterait la Russie de ce qui lui a fait défaut depuis des siècles : un pouvoir spiritue!. Le même sentiment se retrouve chez les petils États d'Orient: Bulgares, Roumains, Grecs, ne répugneraient pas tous à se rapprocher de l'Occident en faisant leur paix avec Rome. Il est des heures où, pour enlever à Taigle moscovite une de ses prises sur TOrient, ils couperaient volontiers le lien religieux (jui les rattache à la Russie. Ce qui les retient, c'est peut-être moins les tradilions ou les préventions nationales que la crainte de constituer chez eux un pouvoir rival de l'État. En ce sens, on pourrait dire que ce qui fait la force de l'Église orthodoxe, c'est sa faiblesse. Peuples et gouvernements lui gardent leurs préfoi ences, parce qu'ils ne la redoutent point.

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