‹ L'empire des tsars et les Russes 3, La religionChapitre 34 sur 353 · Voyez ci-dessous, liv. IV, cliap · texte numérisé non relu

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les deux derniers termes, regardés comme équivalents, sont les moins contestés. Pour le moujik, russe ou orthodoxe semblent synonymes. Le paysan, dont le nom traditionnel signifie chrétien*, le paysan, quand il s'adresse à ses pareils, les appelle orthodoxes, mettant à l'orientale la religion à la place de la nationalité. Veut-on dans le peuple exciter la fibre nationale, c'est la foi qu'il faut loucher. Ainsi ont toujours procédé les hommes qui ont poussé la Russie à guerroyer en Orient. C'est pour les souffrances des orthodoxes opprimés par le musulman, que le cœur du peuple battait, en 1878, sous Alexandre II, comme un demi-siècle plus tôt sous Nicolas I^^ Ce n'est qu'à une époque relativement récente que l'idée d'affinité des races a tendu, dans les cercles cultivés, à se substituer à l'idée de fraternité religieuse; chez les masses, celle-ci a toujours primé. Pour remuer les couches profondes, il n'y a qu'à leur montrer des orthodoxes à délivrer, ou la croix à relever sur la coupole de Sainte-Sophie. Veut-on réveiller les passions guerrières, ce n'est pas le clairon qu'il faut sonner; ce sont les cloches des trois cents églises de Moscou. Le vieil esprit des Croisades couve encore dans le sein du peuple. Peut-être un jour l'entraînera-t-on ainsi en Asie jusqu'au tombeau du Christ, sauf à s'arrêter, comme les Francs de la quatrième croisade, à faire des conquêtes en chemin.

Ce lien de la religion et de la nationalité, l'histoire l'a noué et les siècles n'ont fait que le resserrer. Sous ce rapport, la Russie nous a rappelé l'Espagne*, avec cette différence que toutes ses luttes nationales, toutes ses guerres politiques, à l'Occident comme à l'Orient, ont pris pour le peuple l'aspect de guerres de religion. Qu'il eût aiTaire à TAsie ou à l'Europe, au Nord ou au Midi, au Mongol ou au Turc, au Suédois ou au Polonais, à l'Allemand ou au Français même, c'était toujours l intidèle, l'hérétique, le schis-

1. Le seniB est le môme si on fait dériver kresiiaiiine (paysan) de kresl. croix.

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