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CONSEQUENCES DE LA NATIONALISATION DE L'I^:GLÎSE

des fumées du pouvoir ^ C'est ce que ne saurait faire une Église nationale, ou ce qu'elle ne peut faire qu'à un degré moindre-.

Il n'a manqué à la Russie aucun des avantages attribués aux Églises nationales : concorde des deux pouvoirs, force du gouvernement, unité morale de la nation, harmonie des deux plus nobles penchants du cœur humain, le sentiment religieux et le sentiment patriotique. Dans les grandes crises historiques, l'alliance de l'Église a doublé la force de l'État; elle n'en a pas moins été une entrave pour la civilisation russe. Si les empiétements du pouvoir spirituel ont été plus aisément refrénés, le pouvoir civil a, pour son propre bénéfice, été plus souvent tenté de faire sortir l'Église de l'enceinte du sanctuaire. Le prôtre a été plus fréquemment travesti en fonctionnaire; le laïque a été plus exposé à se voir traiter par l'Église aulant en sujet r{u'eh fidèle. En transformant les devoirs religieux en obli^^ations légales, 1 État a fait de la religion un moyen de gouvernement, parfois un moyen de police. Le rôle de l'Église, diminué d'un côté, s'est agrandi de l'autre, au profit apparent de l'État, au dommage réel de la nation comme de la religion.

Cette intimité de l'Étal et de TÉglise a communiqué aux Russes le mal de l'Orient, fa stagnation, et aggravé le mal particulier à la Russie, l'isolement. Non contente de comprimer tout mouvement de l'intelligence nationale, l'union des deux pouvoirs arrêtait aux frontières toute invasion des idées du dehors. La liberté spirituelle, que semblait garantir à l'orthodoxie le manque d'une autorité centrale infaillible, fut ainsi longtemps annihilée par cette absence d'autorité cosmopolite indépendante. La limitation de l'Église aux bornes de l'État rétrécit l'horizon de l'un et

1. Voyez Les catholiques libèrauco, VÊglise et le libéralisme (Pion, 1885), p. 285-288.

2. Sur la situation de l Église russe vis-à-vis do l'État et de l'autocratie, voyez ci -dessous, chai)itre vi.

de ravitre : la reli^^îon renforça les prcveiilions nationales en même temps que le patriotisme. Les Vieux-Russes fuyaient le conlactde l'Europe comme une contagion ; pour beaucoup, un voyage à l'étranger était un péché qui mettait Tâme en péril. On connaît l'hisloire de ce seigneur que Pierre le Grand avait envoyé visiter TAlIemagne ou rilalie, et qui, après avoir séjourné dans une des principales villes, revint sans avoir rien vu. Une fois arrivé, il n'avait jamais mis le pied dehors ni ouvert sa porte à personne : il avait ainsi obéi à la fois au tsar et à sa conscience. Il y a encore, en Russie, des sectaires capables de ces scrupules.

L'orthodoxie laissait la Russie en relation avec le monde oriental; elle ne les unit point par des liens aussi intimes que ceux dont Rome enlaçait les nations catlioliques. Le manque d'un pasteur commun n'obligeait pas les peuples orthodoxes à des rapports aussi fréquents; le défaut d'une langue commune rendait ces rapports moins fructueux en même temps que plus rares.

Une des choses qui, durant le moyen âge, ont le plus favorisé l'éclosion de la civilisation moderne, c'est la possession d'un idiome clérical et savant d'usage intern'itional : l'Orient en manqua. L'Église grecque semblait plus en droit qu'aucune autre d'imposer sa langue a ses colonies spirituelles; n'élait-ce pas celle du Nouveau Testament et des Septante? Elle n*en fit rien, elle laissa à chaque peuple la langue de ses aïeux*.

Depuis leur conversion, à la fin du dixième siècle, les Russes célèbrent l'office divin en slavon. Les missionnaires grecs qui baptisèrent les Varègues de Vladimir introduisirent chez eux l'idiome créé, au siècle précédent, par les apôtres des Slaves, saint Cyrille et saint Méthode, eux-

1. S'il se retrouve dans quelques ancienuos inscriptions^ à Sainle-Sophie de Kief par exemple, le grec, en Russie^ n a guère persisté que dans certains sigles ou initiales de Ticonographie^ à côté de la tète du Christ ou de la Vierge notamment.

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