Sbornik Gosoud. Znanii, tome Vll
SITUATION INTERMÉDIAIRE DE l/ORTHODOXIE ORIENTALE. 89
blant à la fois aux uns et aux autres, ils sont, sur ce point, -demeurés éi^alement éloignés de Rome et de la Rélorme. Il en est de l'Église russe elle-même comme de sa langue liturgique. L'orthodoxie orientale est à une dislance presque égale du catholicisme romain et des sectes proteslantcs qui se disent orthodoxes. Vis-à-vis des deux grands partis qui, d(^puis le seizième siècle, divisent le christianisme occidental, rOrient se trouve, à plus d'un égard, dans une situation intermédiaire et comme moyennne. Par sa conception de rautorité et de Tunité de l'Église, par la liberté de l'interprétation du dogme, par la constitution et la discii)line de son clergé, par son mode de gouvernement, ses relations avec l'Élat et les fidèles, par tout le côté moral et politique du christianisme, par l'esprit, sinon par les pratiques du culte, Torthodoxie dilïère pres(iue autant de Rome que des filles révoltées de Rome. Contrairen^ent a Topinion vulgaire, elle est peut-être moins voisine de la papauté romaine que des églises épiscopales sorties de la Rérornie. Le pavivre prince d'Anhalt, père de Catherine II, n'était pas en réalité aussi dupe qu'il en avait l'air, alors que, pour la conversion de sa fille à l'Église russe, il se laissait persuader que luthéranisme ou culte grec, c'était au tond à peu près la même choses
L'immobilité séculaire de l'Orient explique cette position intermédiaire entre les Églises de l'Occident. Assoupie durant près de mille ans et comme pétrifiée dans ses traditions, pendant que catholiques et protestants développaient chacun leur principe, les uns marchant à droite vers l'autorité et la centralisation, les autres à gauche vers le libre examen et l'individualisme, l'orthodoxie grécorusse s'est, au sortir de son isolement, réveillée à un intervalle presque égal des deux grands partis dont la rupture a déchiré le monde occidental. Gela ne veut point
1* Voyez l'étude de M. A. Hambaud sur Catherine U : Revue des Deux Mondes du l**" février 1874.
dire que TÉglise d'Orient soit un milieu et comme un compromis entre le catholicisme et le protestantisme; elle a ses tendances propres, originales, qui la distinguent de l'un et de l'autre, et l'opposent à tous deux à la fois. Il n'en est pas moins vrai que, par certains côtés, elle est à moitié route entre Rome et la Réforme. Ses apologistes l'ont plus d'une fois reconnu, et plusieurs lui en ont fait un mérite*. « L'Église orthodoxe, disent-ils, est demeurée au centre du christianisme, également éloignée de ses pôles contraires, parce qu'elle est l'Église primitive, initiale, dont les Occidentaux n'ont dévié que pour aboutir, par deux chemins opposés, à l'autocratie catholique et à l'anarchie protestante. » La torpeur, la léthargie que ses adversaires lui reprochent, ses avocats l'en glorifient sous le nom d'innnutabilité ; ils la félicitent d'avoir soustrait l'Église, connue le dogme, à la loi du développement ou du progrès qui régit les choses humaines.
Catholi(jues et protestants se font illusion lorsqu'ils se représentent l'altitude de l'orthodoxie gréco-russe comme humble et presque honteuse vis-à-vis de ses antagonistes occidentaux. Appuyés sur l'immobilité de leur Église comme sur un roc, ses théologiens contemplent avec une hauteur mêlée de pitié les discussions religieuses de l'Occident. L'accueil fait par les membres de l'Église russe aux offres d'union des vieux-catholiques ou des anglicans est, à cet égard, d'un intérêt singulier. Vis-à-vis des uns ou des autres, les orthodoxes ont toujours été loin de montrer aucun empressement hâtif; ils ont toujours repoussé tout compromis contraire aux traditions ou aux usages de leur Église.
Entre les protestants et les orthodoxes, entre l'Église anglicane surtout et l'Église russe, il y a eu plusieurs tentatives de rapprochement, et les avances sont d'ordinaire
1. Par exemple, Samarine, lésouity i ikh otnochénié k Rossii, p. 363, et, chez les Giecs^ Nicolas Domaias^ dans Touvrage intitulé IIep\ àç^yjav, Lcipzlgf 18Ô5*