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L'ÉGLISE RUSSE ET LES ANGLICANS

enues de l'Occident. C'est ainsi que, dès le seizième siècle, les luthériens s'adressaient au patriarcat de Constantinople, espérant obtenir du patriarche Jérémie l'approbation de la confession d'Augsbourg, qu'ils avaient, pour lui, fait traduire en grec. Si stériles que soient toujours restés de pareils appels, ils se sont reproduits il des époques plus voisines de nous. C'est naturellement rÉgliso d'Angleterre et, dans cette Église, l'école historique en réaction contre les influences protestantes, Tccole où l'on aime à s'intituler « catholique anglais », qui a le plus caressé ces rêves d'union entre la fille rebelle de Rome et sa sœur séparée d'Orient*. De toutes les tentatives de ce genre, la plus digne d'attention est celle d'un théologien d'Oxford, ami du docteur Newman, W. Palmer; il fit, sous le règne de Nicolas, avec rap})robation de ses chefs ecclésiastiques, un voyage théologique en Russie, moins pour étudier sur place l'Église russe que pour entrer en communion avec elle. Palmer en était arrivé à croire à la presque identité de la doctrine orthodoxe et de la doctrine anglicane; il ne voyait guère de difficultés que pour le culte des images, sanctionné par le deuxième concile de Nicée. Fort de cette conformité de croyances, le docteur anglais prétendait être admis à la communion par les orthodoxes. Il vit les principaux dignitaires de l'Église russe, sans parvenir à leur faire partager ce point de vue*. Aux yeux des prélats russes, pour que les anglicans pussent ainsi entrer en communion avec eux, il eût fallu une entente de la hiérarchie des deux Églises, sinon l'autorisation d'un concile. Par le fait, le manque d'autorité

L Les anglicans de toute nuance ont, dès lonj^tempS; manifesté leur intérêt pour l'Église orientale ; il leur a inspiré de nombreux travaux^ parmi lesquels on peut ciier ceux de J. Neale {History of the holy Easlerii Church, 4 vol.) et de Stanley^ le célèbre doyen de Westminster {Lectures on Ihe history of tlic Eastern C/mrc/i).

'i. Palmer a laissé le récit de cette curieuse négociation dans des notes de voyage, imprimées quarante ans plus tard par les soins de son ami le cardinal Newman : Notes of a visit lo Uic Russian C/curch.

centrale dans l'Eglise orthodoxe lui rend tout accord de ce genre plus difficile qu'à TÉglise catholique, dont l'autorité pontificale peut toujours ouvrir la communion. En consentant à traiter les anglicans comme des orthodoxes, les Russes risqueraient de scandaliser leurs frères d'Orient et de perdre d'un côlé ce qu'ils gagneraient de Taulre. Aussi, indopendamment des divergences de doctrine ou de discipline, toute inlercommunion des Églises épiscopalos de rOrient et de l'Occident semble, malgré leurs sym})athies réciproques, de longtemps malaisée.

Les vieux-catholiques de Suisse ou d'Allemagne n'ont guère été plus heureux dans des efTorls analogues. Ils ont eu beau, dans leurs congrès, exprimer l'espoir d'une réunion avec rÉglise orientale% celle-ci a montré peu d'empressement à leur ouvrir son sein. Elle n'a pas cherché à se créer en Occident des communautés de Latins Unis. Une société de Pétersbourg, coniposée de laïques et d'ecclésiastiques, la Société des amis de VInstruclion rcligieicse^ s' èiait^ par des écrits et des délégués, mise en rap})ort avec les vieuxcalholiques d'Allemagne. Nul mouvement ne pouvait être plus sympathique aux orthodoxes russes, qui, pour l'inlaillibilité papale, ont la même répulsion que les prolestants allemands. A toutes les avances des transfuges latins ils n'en ont pas moins répondu avec réserve, sur le ton d'une Église qui a foi dans son principe et ne transige point avec lui. En encourageant ces vieux-catholiques, parfois près de verser en pleine Réforme, les Russes ne leur ont point ménagé les leçons. — Si vous voulez vous unir à nous, leur disait un des inspirateurs des slavophiles, ce n'est point assez de rejeter le dernier concile du Vatican, c'est sur dix siècles de traditions latines qu'il vous faut revenir 2.

Cette Église impassible devant les adversaires qui l'at-

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