Platon, mort en 1812; Pliilarôle, mort en
3. Le catéchisme de Philarèle a été traduit on allemand, sur la 59° édition russe, et publié en ajjpendice d'une traduction de V Histoire de V Église russe d'un autre Philarête, archevêque de Tchernigof.
c< PROTESTANTiSANTS ET CxVTHOLICISANTS ». 95
études théologiques, les efforts pour relever le niveau inlellccluel du (^lergé n'y sunlpas étrangers. L'esprit delà Réforme s'insinue silencieusement dans les séminaires et les académies ecclésiastiques avec les ouvrages des théologiens allemands. Il en est de môme des laïcs, dans les classes éclairées du moins. Beaucoup, et parfois les plus pieux, ne sont, à leur insu, que des protestants ritualistes. En religion, comme en toutes choses, hommes et femmes du monde font, du reste, souvent preuve d'un singulier éclectisme. On en voit, à l'étranger, fréquenter presque indifféremment les diverses églises, appréciant en amateurs impartiaux les prédicateurs des confessions rivales.
L'esprit traditionnel et l'esprit de discipline, qui ont fait sa force, refrènent dans l'Église les penchants novateurs. Le besoin de rester en communion avec l'Orient, la crainte de scandaliser le peuple et de donner de nouvelles forces aux sectes dissidentes, opposent une barrière à l'esprit d'innovation. La cohésion de l'Eglise sous la main de l'Élat la préserve du déchirement des factions et des querelles d'écoles. Loin d'en troubler le fond, les courants spirituels qui la traversent en font à peine onduler la surface.
Chez elle, rien d'analogue a l'antagonisme des deux ou trois partis de l'Église anglicane. Les institutions et les mœurs permetiraient peut-être encore moins des partis dans l'Église que dans l'État. Si la Russie a son high church et son low c/iurch, c'est dans la sourde rivalité de ses deux clergés, le haut clergé monastique et célibalaire et le bas clergé pourvu de famille. Sous cette compétition de classes se retrouvent, il est vrai, les deux tendances contraires, le haut clergé, par sa situation et son genre de vie, étant naturel lement plus conservateur ou plus aristocratique, le clergé inférieur plus novateur ou plus égalilaire.
Un des épisodes les plus curieux de la lutte, dans l'Eglise russe, des c< protestantisanls et des calholicisants », comme disait .T. de Maistre, c'est, sans contredit, l'histoire des Sociétés Bibliques. En principe, la position de l'Eglise
orthodoxe vis-à-vis des Écritures est à peu près la môme que celle de TÉglise latine. Pour toutes deux, l'aulorité de la tradition égale l'autorité des livres saints; l'Écriture ne peut être interprétée que conformément à l'enseignement de l'Église, aux Conciles et aux Pères*- Dans la pratique, le dogme étant moins défini, la tradition n'ayant pas pour la confirmer de souverain pontife, l'interprétation reste plus libre pour les orthodoxes. Le slavon ecclésiastique étant beaucoup moins éloigné de l'idiome populaire que ne l'est le latin de nos langues néo-latines, la question de la traduction des Écritures en langue vulgaire ne pouvait, en Russie, avoir la même importance qu'en Occident. Longtemps le peuple môme préféra lire l'Évangile dans la langue hiératique. Bien qu'il n'eût pas pour cela les mômes raisons que les Grecs, la version en dialecte populaire lui semblait dégrader et comme profaner le texte sacré.
Chez les Russes, de même que chez les Grecs, la pratique, à cet égard, a plus d'une fois varié. D'un côté, le désir de se distinguer des Latins s'est joint aux influences protestantes pour encourager les traductions en langue vulgaire; d'un autre côté, la hiérarchie était retenue par la crainte de prêter aux nouveautés et de fournir un aliment aux ignorantes sectes de la Grande-Russie. C'est sous Alexandre T''*, le mystique ami de Mme de Krudener, que le peuple fut invité à recevoir la Rible dans sa langue. Il est vrai que, dans cette nat ion de serfs, bien peu encore savaient lire. Chez les rares moujiks ou les petits marchands un peu lettrés, les Vies des saints, les livres d'heures et quelques traités des Pères, joints à des apocryphes de toute sorte, étaient alors i)lus répandus que les deux Testaments,
1. Un point à remarquer, c'est que chez les Orientaux, chez les Grecs nolnniment, le nombre des livres canoniques n'a pas clé aussi nettement fixé que cl ez les calholiques ou chez les proleslants Ï/K£î,iise russe est, aujourd'Iiui du moins, d'accord avec les réformés pour rejeter comme apocryphes les livres de TAncien Testament considérés comme tels par les Juifs.