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DEUX TENDANCES OPPOSÉES DANS L'ÉGLTSE RUSSE

laquent a la fois, des deux rives opposées, ne peut enlièrement échapper à leur influence. Gomme toute confession placée dans une position intermédiaire, entre la centralisation catholique et l'individualisme protestant, elle ne saurait manquer de subir une certaine attraction vers Tun ou l'autre des deux pôles du christianisme. Tant qu'elle se fait équilibre, celte double attraction en sens contraire peut, il est vrai, contribuer à la maintenir à dislance des deux extrêmes.

Ainsi que l'Église anglicane, TÉglise russe est, par sa situation mitoyenne et par les besoins mômes de la controverse, exposée à deux tendances divergentes : d'un côté, à droite, sinon vers le catholicisme romain, du moins dans la même direction que Rome, vers la concentration de l'autorité et l'ascendant de la tradition, — de l'autre, à gauche, non point précisément vers le protestantisme, mais vers la liberté d'interprétation, vers la foi i'ndividuelle et l'émancipation du clergé inférieur ou des laïques. Celte double aimantation remonte aux premiers jours du contact de la Russie avec l'Occident; c'est un des aspects les moins remarqués et non les moins curieux de l'influence de l'Europe sur la Russie^. Sous Pierre le Grand, les deux penchanis se personnitient dans les deux membres les plus influents de l'Église, Etienne lavorski, le suppléant du i)atriarche dans 1 intervalle laisse par Pierre entre la mort du dernier titulaire et l'érection du Saint-Synode, et Théophane Procopovitch, le conseiller du tsar dans sa réforme ecclésiastique. De là, depuis Pierre 1*^% deux écoles dans le clergé. Tune mettant davantage en relief l'opposition de Torthodoxie au catholicisme, l'autre son opposition au proleslanlisme, — la première prenant dans sa lutte contre Rome une teinte protestante, la seconde une

1. Le même phénomène se rencontre, quoique à un moindre dogré, dans rÉglise grecque proprement dite. C'est ainsi qu'au dix-septième siècle les tendances calvinistes du patriarche Gorille l.oucaris ont agité toute la hiérarcliic orientale.

couleur catholique dans ses attaques contre la Réforme*. De la controverse, cette double tendance a passé dans les catéchismes et les traités de théologie, parfois même dans les questions de rite et de discipline, les uns se montrant plus strictement conservateurs, les autres moins éloignés des réformes ou des innovations.

Sous le règne de Nicolas et Tadministration du comte Protasof, procureur du Saint-Synode, il y eut une réaction contre les influences protestantes qui avaient dominé rÉglise durant presque tout le dix-huitième siècle. Le gouvernement s'inspirait en tout du principe d'autorité et de ridée de tradition, il n'oublia pas de les relever dans 1 Église contre l'école de Procopovitch, le collaborateur spirituel de Pierre le Grand. Les tendances protestantes ou ce cvangcliques perçaient dans les écrits des deux plus illustres prélats de la Russie moderne, Platon et Philarète, l'un et l'autre métropolitains de Moscou*. L'éloquent Pliilarète dut, sous Nicolas remanier son célèbre catéchisme, pour s'écarter davantage des théologiens de la Réforme^. L'Église russe a, depuis lors, cessé de s'orienter vers Luther ou vers l'anglicanisme. S'arrêtant dans les voies oii l'avaient jetée Pierre le Grand et ses successeurs, elle s'est appliquée à s'en tenir strictement au principe de l'immobilité traditionnelle. Impuissante à supprimer entièrement les deux tendances qui se la disputent, elle a, durant la seconde moitié du dix-neuvième siècle, cherché à les maintenir en équilibre.

Aujourd'hui encore, les idées protestantes n'en sont pas moins en faveur dans une partie du clergé, et souvent dans la plus instruite. Gela s'explique par la fréquentation des écoles et des livres protestants. Le renouvellement des

1. Voyez à ce sujet l'introduction de Samarine aux œuvres de Khomiakof.

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