LES CÉRÉMONIES ET LA LITURGIE
n'ont été envahis par les pompes mondaines et Tappareil théâtral dont, à ditlerentes reprises, l'Église catholique a eu tant de peine à se défendre.
L'austérité du cuUe apparaît dans la scène même du drame sacré. Alors qu'il est le plus somptueux, le décor en est toujours simple. Rien ne Irouble l'impression d'unité de l'église et du service divin. Au fond de l'abside, à l'orient, un seul aulel, comme il n'y a qu'un Dieu et un Sauveur, Entre l'autel et la nef se dresse la barrière de l'iconostase, dont les portes royales, que le prêtre seul a le droit de franchir, se ferment durant la consécration, faisant aux saints mystères comme un sanctuaire dans le sanctuaire; seul d'entre les laïcs, le tsar est admis à y pénétrer pour recevoir la communion, le jour de son couronnement. Dans les vieilles cathédrales, dans les soboi^ des grandes villes ou des grands monastères, cette mviraille, qui symbolise le voile du Temple, reluit d'or et de marbres précieux. Le jaspe de Sibérie y encadre la malachite et le lapis-lazuli. C'est l'iconostase qui porte les images les plus vénérées, les icônes, d'où lui vient son nom^ L'entrée et la sortie du prêtre, le transport des éléments du sacrifice de la table de l'ofTeitoire à Tautel, la marche du diacre portant sur son front l'Évangile ou le calice, la clôture et la réouverture des portes saintes forment autant de scènes du drame liturgique et lui donnent plus de mouvement et de vie que dans le rite latin. Tout ce lent cérémonial est en harmonie avec le luxe sévère des vieilles églises byzantines, avec l'or mat des peintures ou des mosaïques. Le caractère d'antiquité qui rehausse la solennité des rites se retrouve jusque dans le mobilier liturgique. On y reconnaît les flabella, les éventails de métal que le diacre agite autour du tabernacle, et la cuillère d or pour le vin de la communion, et la lance et
1. Cliez les Russes, la hauteur de Ticonostase, notablement plus élevé que chez les Grecs, dépare parfois l'église en la terminant brusquement par une muraille droile qui cache l'abside.
réponge, qui rappellent le Calvaire, et d'autres inslrumcnls sacres, depuis longtemps disparus de TOccident.
En dépit ou, mieux, en raison de leur antiquité, les Iongvies cérémonies gréco-russes sont d'un symbolisme à la fois naïf et touchant. Ainsi, par exemple, du mariage : en aucune Église, la consécration nuptiale, que des esprits terre à terre voudraient dépouiller de tout caractère mystique, n'est entourée de plus poétiques allégories. Au mariage religieux, vulgairement appelé couronnement (ventchanié), les deux fiancés, que le peuple dans ses chants décore pour un jour du titre de prince et princesse, voient porter sur leur téte une couronne. Après l'échange des anneaux et le baiser des fiançailles, donné en face du tabernacle sur l invitation du prêtre, l'Église, pour leur rappeler qu'ils vont tout mettre en commun, présente aux lèvres des nouveaux époux une coupe où ils boivent trois fois tour à tour; puis, leur ayant lié les mains ensemble, l'officiant leur fait faire, à sa suite, trois fois le tour de Tautel, en signe qu'ils doivent marcher dans la vie en étroite union. Au baiser des fiançailles correspond, lors des funérailles, le suprême et troublant adieu du dernier baiser. Après l'avoir eux-mêmes porté sur leurs épaules dans l'église, les parents et les amis du mort lui viennent baiser le visage dans sa bière ouverte. De toutes les cérémonies ou les fêles russes, il y aurait de quoi tirer un Géîiie du Christianisme, non moins poélic|ue et non moins pittoresque que celui de Chateaubriand*.
Pour ses fêtes religieuses, pour les fêtes de Pâques en particulier, Moscou pourrait rivaliser avec Rome ou, mieux, avec Séville, toujours avec cette différence qu'en Russie ces fêtes ont quelque chose de moins théâtral et de plus populaire. Le spectacle de la nuit de Pâques au Kremlin est, en ce genre, un des plus émouvants de l'Europe. Si chacune des deux Églises a sa messe de minuit, celle
1. Aujourd'hui, lors des funérailles^ les Russes ne baisent plus qv.o la main^ et non le visage du défunt.